06/04/2016  -  International
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8 choses à savoir sur le Panama, le paradis des paradis fiscaux

Dévoilée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), l’affaire « Panama papers », qui révèle les montages offshore de nombreux chefs d’Etat, milliardaires et célébrités, a mis sous les projecteurs ce pays de 3,8 millions d’habitants, à l’histoire et à la géographie très particulières.

 

Un petit pays qui ne connaît pas la crise

 

Huit fois plus petit que la France, le Panama possède l’économie la plus dynamique d'Amérique centrale. Le PIB panaméen a franchi la barre des 44 milliards de dollars en 2014, soit environ 40,5 milliards d’euros, en hausse de 6,2%. La croissance était de 8,5% en moyenne sur la dernière décennie, tirée par le bâtiment et surtout les services, qui représentent 80% du PIB. Le PIB par habitant, de 11.800 dollars en 2014, est également l’un des plus élevés de la région. Pourtant encore 26% des Panaméens sont considérés comme pauvres. Un taux qui monte à 70% chez les populations indigènes.

 

Un important centre financier depuis les années 1970

 

Profitant de sa position géographique, entre les deux Amériques et les océans Pacifique et Atlantique, le Panama s’est constitué une place financière d'envergure internationale, composée de 100 banques qui gèrent près de 82 milliards de dollars d’actifs. Avec un secret bancaire total et une fiscalité zéro pour les revenus issus de l’étranger, le pays est considéré depuis longtemps comme un paradis fiscal. Le cabinet d’avocats spécialisé dans les montages offshore, Mossack Fonseca, à l’origine du scandale « Panama Papers », exerce depuis 40 ans pour le compte de clients vivants dans plus de 200 pays.

 

4% du trafic maritime mondial passe sur son canal

 

Inauguré en 1914, le canal de Panama voit passer 14.000 navires et 300 millions de tonnes de marchandises chaque année, soit 4% du commerce maritime mondial. Ses recettes ont représenté 8% du PIB en 2014. L’Etat panaméen se rémunère aussi avec des droits de passage sur les navires qui utilisent le canal pour aller d’un océan à l’autre. Pour faire face à la hausse du trafic, le gouvernement a lancé un plan de 5 milliards de dollars pour doubler la capacité du canal.

 

Le pavillon de complaisance, l’autre spécialité nationale

 

Si les banques panaméennes maitrisent parfaitement l’usage des sociétés écrans pour leurs clients, les armateurs du monde entier peuvent aussi immatriculer leur navire au Panama pour bénéficier d’une fiscalité très avantageuse ainsi que de normes de sécurité et d'un droit du travail pour l’équipage moins contraignants que dans leur pays d’origine. Fait impressionnant, 80% de la flotte du Panama (6.413 navires de marine marchande, soit la plus grosse flotte du monde) est composée de bateaux étrangers (pétroliers, cargos, porte-conteneurs…), selon la CIA. Les armateurs japonais apprécient le plus cette spécialité locale, avec 2.372 « pavillons de complaisance ».

 

La zone libre de Colon, le paradis du duty-free

 

Indissociable du canal de Panama et de ses marchandises venues du monde entier, la zone libre de Colon est la 2ème plus grosse zone franche au monde après Hong Kong. Créée en 1948, elle accueille plus de 2.500 entreprises sur 450 hectares et est desservie par cinq grands ports. Chaque année, plus de 250.000 acheteurs professionnels de l’import-export et des touristes viennent y dépenser 16 milliards de dollars. Soit l’équivalent de 36% du PIB panaméen !

 

Un pays sans armée mais très dépensier

 

Suivant l’exemple du Costa Rica, le Panama est le 2ème plus grand pays du monde sans armée. Le pays a dissous ses forces armées en 1990, tout en conservant la police nationale, le service aux frontières, aéronaval et le service de protection institutionnel. Si ses dépenses militaires sont nulles, le Panama investit des milliards de dollars d’argent public dans de grands chantiers (élargissement du canal, infrastructures portuaires, ponts, métro dans la capitale) et dans les énergies renouvelables. A tel point que certains experts parlent de surchauffe et de dérapage budgétaire.

 

Une ancienne colonie espagnole, intimement liée aux Etats-Unis

 

Après avoir appartenu à l’empire espagnol pendant 300 ans, suite à sa découverte par Rodrigo de Bastidas en 1501, le Panama a fait partie de la Grande Colombie, composée de la Colombie, de l’Equateur et du Venezuela. En 1903, le Panama a a acquis son indépendance avec l’aide des Etats-Unis. En échange, le pays a abandonné les droits d’exploitation et de construction du canal de Panama aux Américains. C'est seulement le 1er janvier 2000 que le Panama a étendu sa souveraineté à l’ensemble de son territoire grâce aux Traités de Torrijos-Carter.

 

Un pays où la corruption et le clientélisme règnent

 

Désormais une république démocratique, le Panama a été une dictature sous le général Noriega (1984-1990), qui avait pris le pouvoir après le décès du président Torrijos. Agent double de la CIA et des services cubains, il est aujourd’hui enfermé aux États-Unis pour trafic de drogue et blanchiment d’argent. Mais la corruption et le clientélisme règnent encore dans le pays. Quatre anciens ministres sont poursuivis pour des faits de corruption et trois anciens hauts fonctionnaires sont recherchés par Interpool. Ramon Fonseca Mora, l’un des avocats qui a fondé le désormais très réputé cabinet, est aussi le vice-président du Parti panamiste, arrivé au pouvoir mi-2014, et un proche du président Juan Carlos Varela.

 

 

Sources : Capital, CIA, Le Moci, Trésor, Coface, Le Monde