25/04/2016  -  International
« Retour à la liste

Bruxelles, plaque tournante de l'avant-garde

La foire Art Brussels, qui se tient jusqu'au 24 avril dans la capitale de l'Europe, illustre le rôle prédominant de cette place dans l'art d'avant-garde.

 

Il règne un singulier microclimat en matière d'art dans la capitale de l'Europe. Bruxelles abrite un nombre inattendu de collectionneurs chevronnés qui s'intéressent, avant tout le monde, à des formes d'art plutôt difficiles, qu'on dit d'avant-garde.

 

L'une des meilleures illustrations du phénomène est la collection conceptuelle, principalement des années 1960 et 1970, d'un très discret radiologue de la ville, Herman Daled, qu'il a fini par vendre en 2011 au Moma de New York. Ici, les initiatives privées en matière d'art contemporain sont nombreuses, les amateurs ouvrent leurs collections au public, reçoivent et partagent leurs intérêts, et les exilés fiscaux français, qui représentent désormais une communauté non négligeable dans les quartiers les plus chics de la ville, suivent la tendance. Il y a deux ans Philippe Valentin, fondateur de la galerie Chez Valentin, à Paris, a créé une succursale bruxelloise, en association avec la galerie Jeanroch Dard, qu'ils ont baptisée « Mon Chéri ».

 

La veille du vernissage de la foire Art Brussels à laquelle il participe, et qui se tient jusqu'au dimanche 24 avril, Valentin montrait dans son espace bruxellois le travail d'un jeune artiste de Los Angeles, Michael Manning. Dans ses installations vidéo, ce dernier mélange avec un talent étonnant des images récupérées, souvent hypnotiques et sans relations apparentes. Les oeuvres sont à vendre entre 3.000 et 15.000 dollars. « A Bruxelles, les collectionneurs sont très avertis. Ils en avaient déjà entendu parler », souligne Philippe Valentin. Mon Chéri est installé 69, rue de la Régence avec huit autres galeries, dont la nouvelle recrue, Dvir, la galerie certainement la plus influente d'Israël, qui a choisi Bruxelles comme base européenne.

 

141 galeries composent la foire Art Brussels, qui, cette année, a changé de localisation pour s'installer plus près du centre-ville, dans un ancien entrepôt douanier baptisé « Tour & Taxis ».

 

Des prix accessibles

 

Dans le calendrier mondial du négoce de l'art contemporain, qui souffre désormais d'un trop-plein de foires, Art Brussels a réussi à s'établir régionalement comme une offre sérieuse qui correspond aux goûts locaux, composée d'artistes de tous horizons, jeunes ou à redécouvrir, proposés dans une gamme de prix relativement raisonnable. Selon Anne Vierstraete, la directrice d'Art Brussels, les transactions moyennes s'établissent autour de 20.000 euros.

 

Illustration : le Parisien Laurent Godin expose entre autres le travail d'Alain Séchas (né en 1955), auquel le musée d'Art moderne de la Ville de Paris consacre en ce moment une salle entière dans ses collections permanentes. Séchas est connu pour ses peintures et ses sculptures inspirées de la bande dessinée, qui représentent des chats qui miment les humains. Une de ses peintures de chats-vacanciers, satire sociale du bord de mer, est à vendre pour 15.000 euros. Non loin de là, Jousse Entreprise expose un film du Français Louidgi Beltrame (né en 1971), lauréat du prix Sam Art Projects, un hommage au film « Les Quatre Cents Coups » de François Truffaut à vendre pour 22.000 euros dans une édition à cinq exemplaires. Le même film fait l'objet d'une exposition actuellement au Palais de Tokyo.

 

Il faut cependant souligner que la foire ouvre à peine un mois après les attentats de Bruxelles. Si aucun exposant n'a annulé sa participation, il n'en va pas de même pour les visiteurs, effrayés par les difficultés de voyager alors que l'aéroport de la ville ne fonctionne pas encore normalement.

 

La concurrence d'Independent

 

Par ailleurs, pour la première fois, s'installe à Bruxelles jusqu'au 23 avril une foire, jusque-là new-yorkaise, qui bénéficie d'un fort effet de mode. Independent occupe avec 64 galeries un grand magasin désaffecté. Elle bénéficie de la participation de galeries influentes sur la scène internationale, comme Chantal Crousel ou David Zwirner. Ce dernier expose, par exemple, une pièce historique de l'art minimal, composée d'un double néon de l'Américain Donald Judd, à vendre pour 800.000 dollars, certainement une des oeuvres les plus chères de la foire. Elizabeth Dee, cofondatrice d'Independent, explique : « On applique juste la même recette qu'à New York. C'est une foire conçue par des galeries pour des galeries. Un projet unique que nous voulons étendre globalement. Bruxelles est au centre de l'Europe et nous sommes au centre de Bruxelles. » Les deux foires sont désormais en compétition même si, intelligemment, Anne Vierstraete déclare qu' « Independent contribue à renforcer la scène bruxelloise ». L'éviction de puissants collectionneurs du comité de direction d'Art Brussels a contribué à affaiblir la manifestation. Son déménagement dans un lieu plus beau et plus accessible joue néanmoins cette année en sa faveur.

 

 

Source : Les Echos