14/12/2015  -  Patrimoine
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Comment investir durable… et rentable

 Valeurs écoresponsables, Green bonds, fonds low carbon : il est possible de participer à la lutte contre le réchauffement climatique tout en dopant son portefeuille.

 

Deux degrés. Un objectif qui semble modeste pour le monde financier, familier des performances à deux chiffres. C’est pourtant la montée maximale de température que doit s’autoriser la planète avant l’apparition de conséquences environnementales désastreuses pour l’humanité. Alors que tous les Etats du monde réunis à Paris discutent pour parvenir à un accord, les entreprises, elles, ont déjà commencé à "décarboner" leurs activités en réduisant petit à petit la consommation d’énergies fossiles. Tous les acteurs économiques, en particulier dans le secteur financier, sont à la manœuvre : banques, assureurs, gestionnaires d’actifs, régulateurs, superviseurs… Entre obligations vertes, fonds low carbon et entreprises écoresponsables, les épargnants sensibles à la question peuvent, eux aussi, lutter contre le réchauffement climatique en faisant chauffer les performances de leur portefeuille.

 

Obligations de bon élève

 

Apparues il y a une dizaine d’années, les obligations vertes (green bonds) sont exclusivement destinées au financement de la transition énergétique ou de projets à fort impact environnemental. Depuis l’an dernier, les acteurs publics qui lèvent ainsi des capitaux (collectivités locales, institutions internationales, comme la Banque mondiale ou la Banque européenne d’investissement) ont été rejoints par de plus en plus d’entreprises (Engie, EDF, Unibail…). Celles-ci peuvent ainsi financer leur "verdissement" tout en s’offrant une image de bon élève, très appréciée des investisseurs.

 

Les green bonds ne représentent encore que quelques dizaines de milliards de dollars (40 milliards en 2014, plus du double attendu pour 2015) dans le marché obligataire, et ils sont destinés aux investisseurs institutionnels, pas aux particuliers. Mais ces derniers peuvent y accéder désormais à partir de fonds dédiés, comme ceux lancés cette année par Mirova et Axa IM. "Notre fonds regroupe des obligations vertes et des obligations qui ne sont pas estampillées, mais qui financent la transition énergétique, selon notre équipe de recherche", précise Luisa Florez, analyste ISR à Axa IM.

 

Fonds "Verts 2.0"

 

La COP21 remet aussi au goût du jour les fonds environnementaux, qui sélectionnent des sociétés ne nuisant pas à la planète ou essayant d’améliorer leur comportement. Ils existent depuis longtemps, et les performances de certains d’entre eux ont été décevantes. Mais d’autres s’en tirent très bien, comme le fonds Ecofi Enjeux Futurs, qui progresse de 83% depuis trois ans. "Les actions misant sur la transition énergétique sont globalement des actions de croissance", signale Béatrice Verger, responsable ISR à BNP Paribas IP. L’Edhec vient d’ailleurs de lancer des indices verts intelligents, composés des sociétés ayant la meilleure empreinte carbone. Des entreprises moins affectées donc par le renchérissement du coût des énergies fossiles et des tonnes de carbone émis. MSCI a lui aussi lancé un indice low carbon, déjà proposé aux investisseurs sous forme d’ETF.

 

Et plus récemment, de nouveaux fonds "verts 2.0" ont fait leur apparition. "Nous nous sommes concentrés sur cinq domaines qui sont les plus concernés par la transition énergétique et écologique, pour y trouver les valeurs offrant les meilleures opportunités", explique de son côté Thomas Dhainaut, cogérant de Sycomore Eco Solutions, lancé le 2 octobre. Ces fonds utilisent les informations chiffrées que les entreprises doivent désormais rendre publiques et peuvent identifier les plus performantes dans chaque secteur ou les plus volontaires au niveau environnemental.

 

Valeurs au prisme écolo

 

Et, bien sûr, les investisseurs les plus expérimentés pourront préférer investir directement dans les entreprises qui proposent des solutions pour limiter le réchauffement climatique. La sélection de valeurs qui développent un prisme écologique peut s’avérer payante : "Si vous comparez les performances du constructeur japonais Toyota, qui a su se lancer très tôt dans les véhicules hybrides, et celles de l’américain General Motors, qui a raté le virage écologique, il n’y a pas photo !" constate Jean-Guillaume Péladan, directeur de la stratégie et de la recherche environnementale de Sycomore AM.

 

Les entreprises françaises ne sont pas en reste. Schneider Electric, notamment, s’est spécialisé depuis plusieurs années dans l’efficacité énergétique. Des équipementiers automobiles Made in France proposent également des solutions. Et il existe de petits producteurs d’énergies renouvelables, comme Velcan Energy ou Voltalia, dans lesquels l’épargnant peut investir. Il est donc toujours possible de faire preuve d’un esprit citoyen en "verdissant" son portefeuille.

 

 

Source : Challenge