20/04/2016  -  Patrimoine
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Comment l'État a perdu 23.000 pièces de son patrimoine

Tapisseries, tableaux, bureaux, mobilier... Plus de 20.000 pièces du patrimoine national ont disparu des lieux administratifs où ils étaient exposés. La commission chargée du bon suivi de ces œuvres est débordée, a révélé Libération.

 

N'entre pas qui veut à l'Assemblée nationale. L'entrée est rigoureusement contrôlée, avec relevé d'identité et remise de badge à l'entrée. Et pourtant, en 2003, une bergère d'acajou ciré disparaît sans que quiconque ne s'en aperçoive. Signé par Jacob, fournisseur historique des palais de la République, ce meuble était un bijou du patrimoine national placé par l'État au palais Bourbon depuis 1954.

 

Comme cette bergère, tables, tapisseries, peintures... soit 430.000 pièces du patrimoine national sont mises à disposition des ministères, ambassades, mairies ou autres administrations. Et comme elle, chaque année, des centaines d'entre elles se volatilisent mystérieusement.

 

À la suite d'un rapport de la Cour des comptes, la Commission de récolement des œuvres d'art de l'État (CRDOA) a été créée en 1996 pour améliorer le suivi de ces biens publics. Le quotidien Libération a étudié la base Sherlock, sur laquelle sont stockées en ligne les données de cette commission. Et la dernière mise à jour révèle que pas moins de 22.800 œuvres manquent actuellement à l'appel.

 

Seulement 251 objets ont été retrouvés

 

La plupart sont des petits objets faciles à subtiliser: tableaux, bibelots, bureaux... Mais il arrive que les pièces égarées soient bien moins discrètes, comme ces cinq tapisseries monumentales de deux à six mètres de large de l'ambassade française de Conakry (Guinée), ou encore cet imposant lit du château de Versailles, de deux mètres sur deux, évoqués par Libération.

 

En tout, 1346 plaintes pour vol ou disparition ont été déposées jusqu'à ce jour. Avec 501 plaintes à elle seule, la ville de Paris est de loin la plus touchée par ces pertes. Elle est talonnée par Strasbourg qui en a enregistré 67. Quoi qu'il en soit, ces disparitions inexpliquées n'épargnent aucun département du territoire.

 

Face à cette accumulation croissante de plaintes, peu de résultats. Depuis sa création, la base Sherlock n'a relevé que 251 objets retrouvés. Les inventaires prennent du temps et les faits sont trop datés pour engager des poursuites.

 

 

Source : Le Figaro