22/12/2015  -  Patrimoine
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Comment vendre une oeuvre d'art ?

Très prisé comme placement de diversification, l'art a un gros défaut : il est assez peu liquide. Du choix de l'expert au canal de vente en passant par les frais : comment procéder pour vendre une oeuvre ou un objet d'art ?

 

En matière d'art, il est souvent plus facile d'acheter que de vendre ! », reconnaît un professionnel. Comment franchir sans faux pas toutes les étapes jalonnant la mise en vente d'un objet ? Même en période de crise, « les pièces rares ou d'exception se vendent toujours très bien. C'est en revanche moins vrai pour des pièces plus modestes ou de moindre qualité et qui sont moins dans l'air du temps », affirme Delphine Couturier Brochand, fondatrice de Fin'Art Consulting. Aujourd'hui, l'art contemporain (artistes nés après 1945), le design ou l'Art déco se vendent bien avec des prix qui s'envolent. D'autres pièces comme les tableaux anciens, les arts décoratifs, la porcelaine ou encore le mobilier français classique (jusqu'à la fin du XIXe siècle) ont du mal à s'écouler.

 

La phase d'estimation

 

Si l'objet est signé ou réputé avoir été réalisé par un artiste, le premier réflexe consiste à l'authentifier. Ce qui est facile s'il figure dans le catalogue raisonné de l'artiste. On peut aussi faire appel à un expert spécialisé dans une époque ou dans certains types d'objets. « La traçabilité d'un objet ou oeuvre d'art est une donnée importante », explique Thierry Ehrmann, président d'Artprice.

 

Pour avoir une idée des dernières adjudications, il est possible de consulter des banques de données (Artprice, Artnet, etc.) qui disposent de millions de références. « Reste que ces informations méritent souvent d'être affinées et décryptées », relève Fabien Bouglé, président et consultant en gestion de patrimoines artistiques chez Saint Eloy Art Wealth Management. Certaines périodes ou époques d'un artiste sont quelquefois plus ou moins réputées, avec des écarts de valeur notables.

 

Autre facteur influant sur la valeur : l'état général et la conservation de l'oeuvre. Son pedigree est également pris en compte. « Si elle provient d'une illustre collection, a connu une histoire singulière ou a été détenue par une personne connue, cela va influer sur la valeur d'estimation », précise Hubert d'Ursel, conseil « art banking » pour Degroof Petercam. La dimension de l'objet s'avère être aussi un critère. « Pour des pièces similaires ou ayant la même thématique, tous ces éléments exogènes peuvent générer un écart d'estimation allant de 1 à 10 », soutient Thierry Ehrmann.

 

Quels intermédiaires ?

 

Les maisons de vente disposent toutes de départements d'estimation gratuite dans le seul but d'alimenter leurs séances. On peut apporter l'objet ou des photographies (état, taille, documents). Quelques banques privées (BNP Paribas, Neuflize OBC, etc.) disposent en interne d'un service art destiné à accompagner leurs clients fortunés. On trouve aussi quelques indépendants de la gestion du patrimoine artistique en mesure de conseiller ponctuellement un propriétaire sur une problématique ou d'effectuer pour son compte toutes les démarches allant de l'estimation à la cession. « Mais attention. A trop vouloir solliciter d'avis, le futur vendeur risque de "griller" son oeuvre. Cet effet peut contribuer à en minorer le prix. Il faut toujours essayer de jouer la confidentialité afin de profiter d'un effet rareté ou de surprise le jour de la vente », souligne Delphine Couturier Brochand.

 

Le choix du mode de vente

 

Il existe deux canaux de vente : les enchères ou le gré à gré. « Il n'y a pas de mode meilleur qu'un autre. La stratégie adoptée va dépendre du type d'objet et de sa valeur, et/ou de sa qualité », précise Antoinette Leonardi, responsable du département conseil en art chez BNP Paribas Wealth Management. Dans le domaine des enchères, il existe de grands acteurs internationaux (Sotheby's, Christie's, Artcurial, etc.) capables d'organiser des ventes de prestige. « Notre équipe est constituée de spécialistes dans chaque domaine d'expertise, renommés pour leurs compétences et leur connaissance du marché de l'art international », explique Stéphanie Denizet, commissaire-priseur et directrice du département des inventaires chez Sotheby's France. Il existe aussi des maisons de vente régionales réputées pour certains types d'objets (montres, poupées, jouets). « La vente publique a le mérite de la transparence et de l'instantanéité. La transaction est sécurisée grâce à un intermédiaire reconnu ayant pignon sur rue », commente Bernard Vassy, commissaire-priseur à Clermont-Ferrand. Presque toutes les maisons de vente intègrent les enchères en ligne proposées au cours d'adjudication. Cela permet de vendre son lot à des acheteurs français et étrangers non présents dans la salle. « Généralement inférieure à l'estimation basse, la mise à prix doit être attractive pour susciter des enchères », indique Stéphanie Denizet. Il existe aussi un prix de réserve, montant minimum en dessous duquel le bien ne sera pas adjugé. Fixé avant la vente, ce prix doit être inférieur ou égal à l'estimation basse. Le règlement de la vente s'effectue généralement de 30 à 35 jours après l'adjudication.

 

Reste que la vente publique recèle quelques inconvénients. « Lors d'une séance, il reste souvent entre 10 et 30 % des lots qui ne trouvent pas preneur », reconnaît Bernard Vassy. Ensuite, des frais sont facturés au vendeur. Ils évoluent entre 12 et 18 %. « Ils sont négociables et peuvent parfois être réduits à néant si la pièce est de qualité », relève un intermédiaire. Enfin, il faut s'y prendre de deux à trois mois avant la date de la vente pour que la pièce soit expertisée, puisse figurer dans le catalogue et soit exposée. En optant pour la vente de gré à gré, le propriétaire s'en remet à une galerie ou à un marchand spécialisé, qui, moyennant une commission, se charge de trouver un acquéreur ou qui, parfois, achète la pièce pour la revendre. Le délai de vente peut être long. « Certains vendeurs préfèrent ces transactions privées pour des raisons de confidentialité, car placer une oeuvre d'art aux enchères la rend naturellement plus visible », commente Mathilde Courteault, directrice du département art de la Banque Neuflize OBC.

 

 

Source : Les Echos