10/05/2016  -  Economie/Finance
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Deux anomalies nées du passage aux taux négatifs

 

Quand les dépôts deviennent payant

 

En Allemagne, la deuxième banque du pays, Commerzbank prélève déjà des frais sur les dépôts des entreprises et même de certains gros clients professionnels. Deutsche Bank s'y met également. De même, en France, les banques réfléchissent aujourd'hui à faire payer les grandes entreprises pour leurs dépôts, certaines ayant déjà sauté le pas. « Pour l'instant, nous ne le faisons pas pour les particuliers ni pour la très grande majorité des entreprises, indique Philippe Heim, le directeur financier de Société Générale dans un entretien publié par l'Institut Messine. En revanche, les investisseurs institutionnels (Etats, "hedge funds", "assets managers"...) sont dès aujourd'hui, comme nous le sommes nous-mêmes, dans la situation de "payer" un intérêt sur leurs dépôts. » Les particuliers sont-ils protégés ? « Tant que la profondeur sous zéro du taux de dépôt de la BCE n'est pas trop importante, il y a un consensus pour ne pas perturber la banque de détail avec des taux négatifs », confie un banquier français. Chacun redoute en effet l'alternative du cash chez l'épagnant, qui pourrait conduire à des retraits massifs (« bank run »).

 

Au Danemark, des crédits immobiliers à taux négatifs

 

Le Danemark, dont la banque centrale a fixé le taux de dépôt à -0,65 %, a été le premier pays où un crédit immobilier a été consenti à des ménages à taux négatif. Cela signifie que ce n'est plus le client qui doit des intérêts à sa banque, mais l'inverse. Une grande part des prêts aux particuliers est distribuée dans ce pays par des institutions de crédit hypothécaire, qui ne collectent pas de dépôts et se financent directement sur le marché. « Lorsque le taux directeur est passé en dessous de zéro, ces institutions ont naturellement "fait passer" les taux négatifs aux emprunteurs », explique Jesper Berg, le directeur général de l'Autorité de surveillance financière du Danemark, dans un entretien publié par l'Institut Messine. Cette transgression a toutefois posé des problèmes opérationnels : « Les banques ont dû accepter des investissements colossaux pour modifier les systèmes informatiques et leur permettre de fonctionner dans un environnement de taux négatifs », note Jesper Berg. En Belgique, certains clients dont les crédits à taux variable étaient indexés sur le rendement d'obligations souveraines belges ont également pu bénéficier de taux négatifs.

 

 

Source : Les Echos