26/04/2017  -  Economie/Finance
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Euphoriques, les marchés jouent déjà la victoire d'Emmanuel Macron

La Bourse de Paris a enregistré sa plus forte hausse depuis deux ans. Sur les marchés de dette, l'écart de taux avec l'Allemagne a fondu.

 

Vu des marchés, ce n'est pas un premier tour, c'est un plébiscite. Les résultats du 1er acte de l'élection présidentielle ont porté, en séance, la Bourse de Paris à un niveau oublié depuis janvier 2008, avant la crise financière. L'indice CAC 40 a bondi de 4,14 %, sa plus forte hausse depuis août 2015, entraînant les autres places européennes dans son sillage. Le Dax allemand s'est ainsi offert un nouveau record historique lundi. « La présence d'un candidat centriste au second tour augmente considérablement les chances d'avoir un président pro-Union européenne », estime Salman Ahmed chez Lombard Odier.

 

Les marchés parient d'ores et déjà sur le fait qu'Emmanuel Macron sera le prochain président, ne donnant une probabilité que de 10 % à une victoire du FN. « Le centriste Emmanuel Macron a remporté une victoire très claire au premier tour », juge BlackRock Investment Institute. « C'est une surprise favorable pour les actifs risqués à moyen terme. Emmanuel Macron, proeuropéen et probusiness, qui dispose d'une marge importante pour son tête-à-tête face à Le Pen, peut construire sur cette position. » C'est aussi « le seul ouvertement Kremlin-sceptique des quatre principaux candidats, ce qui devrait faciliter les relations avec Berlin par la suite », apprécient, de leur côté, les Néerlandais de Robeco. Car c'est l'autre espoir des marchés, celui d'une revitalisation du projet européen menée par le couple franco-allemand. Ce qui explique le rebond de l'euro face au dollar (+ 1,52 %) et face aux monnaies refuges comme le yen ou le franc suisse.

 

Le risque politique a diminué sur les marchés. L'indice de volatilité du CAC 40, le VCAC, qui mesure l'aversion des investisseurs pour le risque, a chuté de près de 40%. Les investisseurs, qui avaient cherché refuge sur les emprunts d'Etat allemands, ont aussi vendu massivement le Bund, qui a pris 8 points de base, à 0,33 % (quand le rendement augmente, le prix des obligations baisse). Dans le même temps, les taux français se sont nettement détendus, le « risque Le Pen » se dégonflant subitement. Le « spread » (l'écart de taux) entre la France et l'Allemagne est ainsi retombé au plus bas depuis fin janvier, à 48 points. Il était devenu le symbole de l'inquiétude des investisseurs, notamment étrangers, face au risque d'une sortie de l'euro. Et maintenant ? « Sur le papier, le résultat du second tour semble désormais acquis d'avance », constate David Zahn chez Franklin Templeton, qui rappelle, méfiant, que « l'imprévisible est à prévoir ». Salman Ahmed se méfie aussi de cette euphorie : « Les investisseurs ne doivent pas oublier que 40 % des votants ont choisi un candidat de l'extrême gauche ou de l'extrême droite. »

 

Pour BlackRock, ce résultat devrait « conduire à une réduction consistante de la perception du risque politique en Europe, même si nous estimons qu'une certaine prime de risque devrait perdurer jusqu'aux législatives de juin ». Des législatives qui resteront « clefs » pour Natixis, avec cette question, en cas de victoire : Emmanuel Macron parviendra-t-il à obtenir une majorité présidentielle pour mettre en oeuvre son programme de réforme ? Pour Laurence Boone chez Axa IM : « Trois scénarios sont possibles : une majorité En marche, une majorité Les Républicains ou une coalition avec une assemblée dans laquelle En marche, Les Républicains et le Parti socialiste seraient à peu près égaux. » L'incertitude ne sera donc pas levée, même si la stratégiste d'Axa IM considère que « ces trois scénarios sont positifs pour les marchés, car ils sont tous pro-réformes ».

 

 

Source : Les Echos