03/08/2016  -  Patrimoine
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Fonds en euros : les épargnants vont devoir prendre plus de risques

Le temps des demi-mesures est révolu. Les fonds en euros ne paraissent plus aptes à valoriser le pouvoir d’achat d’une épargne sur la longue durée.

 

Au cours des trente dernières années, les fonds en euros ont assuré aux épargnants français une constante liquidité et un rendement élevé, doublés d'une garantie de leur capital. L'appétence des consommateurs, pour ces caractéristiques habituellement antinomiques, aura conduit ces fonds à recueillir jusqu'à la moitié de l'épargne financière des ménages. Ce miracle apparent découle simplement de la baisse continue des taux longs, initiée en 1980. Mais cette phase est donc révolue, ce qui soulève un certain nombre de difficultés, tant pour les assurés que pour les compagnies, propres à provoquer une crise systémique.

 

Pour les épargnants, la tentation naturelle est de raisonner avec un rétroviseur. La majorité refuse de comprendre que « la poursuite des courbes passées constitue le niveau zéro de la futurologie ». Or, sauf entrée durable en déflation, les fonds en euros ne paraissent plus aptes à valoriser le pouvoir d'achat d'une épargne sur la longue durée. Une éventuelle phase de taux longs nuls devrait conduire les épargnants à revoir tous leurs fondamentaux à la baisse : la notion de garantie ; leur niveau d'attente en termes de liquidité, de rendement. Elle devrait déboucher sur la nécessité de prendre des risques explicites... et de souscrire à une offre entièrement nouvelle en actifs réels (actions cotées, « private equity »...).

 

Des mesures en deçà des besoins réels

 

Pour les entreprises d'assurance, la simple stabilisation des taux longs à leur niveau actuel conduirait rapidement le rendement du « placement préféré des Français » à un niveau symbolique, s'accompagnant d'une impossibilité de prélever leurs frais (autour de 0,6 %). Par suite, les compagnies dégageraient mécaniquement une perte d'exploitation sur leur produit phare... Pour prévenir le risque systémique induit, comme en catimini, le projet de loi Sapin 2 vient de renforcer les dispositions visant à autoriser la suspension de la liquidité des fonds en euros et, mieux encore, des versements. Ainsi, en l'absence de toute pédagogie, une des caractéristiques centrales des contrats d'assurance-vie en euros est-elle potentiellement supprimée. Quelle ne sera pas la surprise des détenteurs de tels contrats de découvrir (après) demain leur absence soudaine de liquidité ?

 

Il revient au gouvernement et aux autorités financières d'éclairer les épargnants sur la nécessité nouvelle, en phase de taux longs bas, voire négatifs, de prendre des risques pour préserver le pouvoir d'achat de leur épargne longue. Les ménages sont parfaitement aptes à prendre des risques longs. A titre d'illustration, un couple de soixante ans a 25 % de chance de voir un de ses membres atteindre cent ans. A de tels horizons de placement, à des âges, récemment encore, dits avancés, il est parfaitement absurde - et désormais hors de prix - d'exiger une liquidité et une garantie quotidienne pour ses placements... a fortiori à trente ans !

 

La conjoncture est si nouvelle et les risques induits si grands que les mesures en cours d'adoption paraissent très en deçà des besoins réels. Le temps des demi-mesures est révolu. Ainsi, au bénéfice de la mise en oeuvre d'une forte pédagogie, sur la notion de risques, la réalité de nos espérances de vie, la durée effective moyenne des contrats en euros (supérieure à 14 ans)... ces contrats devraient passer en valeurs de marché, exemptes de garantie en capital. En phase de taux longs bas, cette dernière s'avère antinomique avec toute gestion active, éventuellement créatrice de valeurs. Son abandon seul autoriserait le nécessaire accroissement de la quote-part en actions (actuellement moins de 9 %) ou en gestion alternative (moins de 0,5 %), voire en immobilier (6 %)... et ce faisant d'éviter la crise annoncée. Dès lors, ces fonds pourraient continuer à créer de la richesse pour les épargnants et constituer, pour l'économie française, au regard de leur montant, un formidable « fonds de pension à la française ».

 

Notre législateur vient de mettre en évidence le risque latent des fonds en euros, sans nullement éclairer les épargnants sur les nouvelles réalités financières. Tout à l'inverse, dans la meilleure tradition chinoise, nous devrions transcender cette crise annoncée, et faire de ce danger une opportunité.

 

 

Source : Les Echos