22/07/2015  -  International
« Retour à la liste

Grèce et Iran : Deux leviers bien fragiles pour poursuivre la hausse des marchés

  

Deux éléments importants sont venus soutenir les marchés à partir de la deuxième semaine de juillet. La victoire du non au référendum grec allait donner une dynamique favorable pour les marchés, dans le sens où elle légitimait le gouvernement grec pour revenir à la table des négociations. Dès lors, il semblait que ce dernier pourrait accepter toutes formes de conditions pour éviter un Grexit pourtant souhaité par quelques pays. Nous reviendrons sur cet accord qui reste à très gros risques à la fois politiques et économiques pour la Grèce, mais l’essentiel pour l’instant en ce qui nous concerne, est d’avoir sauvé d’une certaine façon l’euro et évité ainsi de nouvelles attaques spéculatives contre le Portugal, l’Espagne ou l’Italie.

 

L’autre négociation difficile et également réussie mais peu commentée, est celle de l’accord entre 6 pays (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) avec l’Iran. Elle laisse présager une modification assez substantielle des rapports de force géopolitiques au Moyen-Orient.

 

En raison de ces facteurs positifs, les marchés ont retrouvé cette semaine des couleurs fortement positives. Le CAC 40 a progressé de 4,51%, le DAX de 3,16%, et l’Eurostoxx de 4,01%. Les marchés américains ont obtenu des performances inégales puisque le Dow Jones a augmenté de 1,84% alors que le Nasdaq est en hausse de 4,25%. Au Japon, le Nikkei a progressé assez fortement de 4,40%.

 

Un accord sur la Grèce : la politique l’a emporté sur l’économique

 

Sans revenir sur les points principaux de l’accord obtenu à l’arraché lundi 13 juillet au petit matin, il s’agit d’une mise sous tutelle de l’état grec qui ne disposera que d’assez peu de marge de manœuvre pour s’adapter à de nouvelles conditions économiques. Certains économistes ont ainsi pu parler d’un accord punitif qui n’a pas pris en compte les énormes efforts déjà réalisés par ce pays puisque son déficit est passé de 15% de son PIB en 2009 à 3% aujourd’hui, ce qui en fait désormais un des bons élèves de l’Europe. Plusieurs éléments de l’accord sont criticables. Tout d’abord, le pays s’engage à ce que son excédent primaire (hors charge de la dette) soit de 3,5% d’ici à 2018, par des coupes budgétaires importantes, avec le risque d’entrer dans un cercle vicieux bien connu : austérité, récession puis austérité. L’accord ne donne aucun élément stratégique pour que l’industrie grecque reparte et que la croissance soit au rendez vous. On connait malheureusement les limites d’un tel raisonnement exclusivement budgétaires dans des économies fragiles. Certaines mesures peuvent aussi paraître chocantes au niveau de la souveraineté d’un pays, comme la création d’un véhicule luxembourgeois destiné à recueillir 50 Md€ d’actifs grecs destinés à être privatisés (exigence allemande !). Enfin le fait de ne pas ouvrir de négociations sur la réduction de la dette reste hypocrite car chacun sait parfaitement que l’intégralité de cette dette ne pourra pas être remboursée, ceci étant d’ailleurs la position du FMI, assez peu satisfait d’avoir été éloigné des discussions finales. En fait, il a fallu faire payer à Tsipras son coup de poker gagné du referendum, et ce dernier a du modifier son gouvernement afin d’éloigner la partie la plus dure de sa majorité non favorable à l’accord. Néanmoins et c’est ce que le marché a plébiscité, comme dans beaucoup de cas, il vaut mieux un accord même mauvais que pas d’accord du tout. L’Europe sort toutefois de ce conflit affaiblie et doit maintenant réfléchir à une modification substantielle de sa gouvernance qui n’a pas été fameuse dans la gestion de ce conflit. Il est urgent de réformer une nouvelle fois les traités communautaires et aussi les moyens d’intervention financières pour aider des pays en difficultés. En ce sens l’émission d’euro-obligations doit être rapidement remis sur la table si un nouveau cas « grec » devait être traité demain.

 

Iran : vers une profonde modification de la géopolitique au Moyen-Orient ?

 

L’accord avec l’Iran ne concerne pas uniquement la question du nucléaire. Derrière cet enjeu, et une fois encore l’Europe semble avoir été en dehors du coup, c’est une recomposition du Moyen-Orient sous l’égide de la Russie et des Etats-Unis, qui se dessine. Pour faire simple, ces deux pays vont faire de l’Iran un pays fort et armé qui sera le seul capable d’erradiquer définitivement l’Etat Islamique. Renversement d’alliance substantiel, favorisant l’islam chiite contre les sunnites, d’où la colère de l’Arabie Saoudite et d’Israel. Ceci pourrait être à moyen terme constructif et devrait aussi amener l’Iran à s’ouvrir et à se démocratiser en devenant un pays incontournable de la région tant d’un point de vue économique que politique.

 

En conclusion les marchés ont retrouvé assez rapidement leurs points hauts annuels. Désormais, c’est la micro-économie qui va constituer le facteur explicatif majeur de l’évolution des marchés. Nous entrons dans la saison des publications des résultats qui devraient être favorables. La prochaine tension sera pour septembre avec l’augmentation des taux directeurs de la FED. D’ici là, les marchés seront sans grands volumes donc avec peut être une forte volatilité. Le retour des points hauts doit amener à une certaine vigilance.

 

 

Source : 360 HIXANCE AM