06/06/2016  -  Economie/Finance
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Incalculable Brexit

 

Arrêtez tout ! A en croire l'OCDE, le forum de réflexion économique des pays avancés, le Royaume-Uni perdrait 5 % de son PIB dans les quinze années à venir en claquant la porte de l'Union européenne.

 

Le Trésor britannique, lui, évalue la chute à 6,2 % du PIB, soit l'équivalent de 5.500 euros par foyer. Cette prévision centrale s'inscrit dans une fourchette de 3,8 à 7,8 %. Mais les experts du Center for Economic Performance, de la célèbre London School of Economics, la trouvent trop timorée. Ils estiment que l'impact du Brexit pourrait être moitié plus élevé !

 

Leurs collègues de l'Institute for Fiscal Studies, un organisme anglais réputé pour son sérieux et son expertise, s'est lui aussi jeté dans le débat sur le versant budgétaire. En sortant de l'institution européenne, le pays de Sa Gracieuse Majesté allégerait en principe ses dépenses de 8 milliards de livres (un peu plus de 10 milliards d'euros), montant de la contribution nette du royaume à l'Union. Mais comme la production reculerait, et les rentrées fiscales avec, le déficit budgétaire gonflerait de 20 à 40 milliards de livres à horizon 2019...

 

Arrêtez tout, car ces chiffres ne veulent pas dire grand-chose. Bien sûr, certains des meilleurs économistes, des deux côtés de la Manche, dans le public comme le privé, font tourner leurs ordinateurs sur le sujet depuis des mois. Mais le Brexit n'est pas un événement calculable. Il n'y a aucun précédent comparable. Les techniques employées pour mesurer son effet sont très partielles. Il faut se résoudre à réfléchir sans les nombres.

Le Brexit créerait d'abord une immense incertitude dans un monde qui n'en manque déjà pas. Il provoquerait des secousses financières encore moins prévisibles que les chocs économiques, des secousses centrées sur l'économie britannique mais qui se répercuteraient par vagues concentriques sur le Vieux Continent puis dans le reste du monde.

Au Royaume-Uni, il pèserait à la fois sur les exports, l'investissement et la consommation.

Sur le continent, il réduirait les échanges avec un grand pays. Il aurait surtout un coût politique très élevé, incitant vraisemblablement d'autres membres de l'Union à demander des avantages spécifiques ou à claquer la porte.

A long terme, il est possible d'imaginer un scénario plus favorable, avec une Grande-Bretagne libérée et une Europe ragaillardie par la désertion de son principal frein. Mais à court et moyen terme, la facture serait très élevée, pour les Britanniques et dans une moindre mesure pour les autres Européens. Cela ne veut pas dire que le Brexit est exclu. Début 1914, Jean Jaurès soutenait que la paix allait l'emporter car la guerre coûterait beaucoup trop cher. Il a eu raison sur le second point, pas sur le premier.

 

 

Source : Les Echos