12/01/2015  -  International
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La BCE préparerait un plan de rachat de dettes de 500 milliards d’euros

Selon Bloomberg, la banque centrale de Francfort envisagerait de racheter pour 500 milliards d’euros de dettes parmi les mieux notées. Un plan a minima pour tenter d’arracher l’accord allemand.


La BCE avance toujours un peu plus dans la confection de son plan d’assouplissement quantitatif (QE) incluant des titres d’Etat. Selon l’agence Bloomberg, les équipes de la BCE ont mis au point un plan de rachat de titres de 500 milliards d’euros. Ces titres devront être notés dans la catégorie « d’investissement » par une des quatre agences de notation reconnues par la banque centrale (Moody’s, S&P, Fitch, DBRS). La BCE renoncerait donc à acheter des « junk bonds », des obligations pourries, notées en deçà de «BBB-». Mais Bloomberg précise que la BCE pourrait aussi n’opter que pour le seul rachat de titres classés AAA par une de ces quatre agences.


Un QE a minima, ou la question de la taille


La décision n’est donc pas encore prise. Mais cette « fuite » prouve un biais que l’on soupçonnait depuis quelques temps : la BCE cherche un « compromis » avec la Bundesbank, très radicalement opposée au QE. Elle fait donc un « QE » a minima, rachetant des titres sûrs dans des proportions limitées. Le chiffre de 500 milliards d’euros, évoqué par Bloomberg, est en effet encore loin de l’objectif que s’est fixé Mario Draghi de faire revenir le bilan de la BCE de 2.200 milliards d’euros aujourd’hui à 3.000 milliards d’euros. Or, les rachats de prêts titrisés (ABS) et d’obligations sécurisés, ainsi que les prêts à long terme (TLTRO) n’ont pas montré pour le moment une capacité à pouvoir rapi-dement gonfler ce bilan de la BCE. Ce QE est donc bien peu ambitieux. Reste à savoir si ces 500 milliards d’euros représentent un début, ou une limite.


La question juridique


Un élément est cependant central dans la décision de la BCE : la décision de la Cour de justice de l’UE, mercredi prochain, concernant l’OMT, sera décisive. La CJUE a en effet été saisie par la Cour constitutionnelle allemande à propos du programme de rachat illimité de dette annoncé en septembre 2012. Cette transmission s’est accompagnée d’une analyse de Karlsruhe jugeant que la BCE avait plutôt, avec l’OMT, violé les traités. Et d’une menace : la Cour pourrait interdire l’OMT si le programme était effectivement lancé, ce qui n’a jamais été le cas. Sauf que le QE est une forme d’OMT encore plus « laxiste » puisqu’il n’y a pas de conditionnalité budgétaire. Si la CJUE donne son aval à l’OMT, la menace de Karlsruhe sur l’OMT et le QE restera donc valable. Il faut donc à tout prix faire en sorte de ne pas prendre trop de risques, donc de ne pas mutualiser la dette.


La question de la date


L’autre question qui hante les marchés, c’est la date. L’inflation est passée en territoire négatif en décembre dans la zone euro, ce qui devrait décider la BCE à agir vite, dès sa réunion du 22 janvier. Mais la BCE hésite à agir alors que la Grèce vote le 25 janvier et que, en cas de victoire de la Coalition de la Gauche radicale (Syriza), il faudra négocier sur la dette grecque et sa restructuration. La BCE craint que son QE n’encourage ainsi Syriza. Hier jeudi 8 janvier, Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, a donc refroidi les ardeurs en précisant que le QE n’était pas néces-saire maintenant. Le nouveau plan de la BCE pourrait donc n’être annoncé que le 5 mars...


La question de l’efficacité


L’efficacité de ce QE à l’européenne, utilisé seul, demeure cependant très problématique. Un QE centré sur les dettes les mieux notées, dont les taux sont déjà très bas, serait sans doute encore moins efficace car les banques des pays comme la Grèce ne possèdent précisément pas assez de ces titres. Quant aux autres, elles pourront certes céder à la BCE leurs titres devenus très chers, mais il n’y a aucune certitude que l’argent libéré viendra alimenter l’économie réelle...

 

 

Source : La Tribune