19/04/2017  -  Economie/Finance
« Retour à la liste

La Bourse de Paris se réveille face au risque politique

L'indice CAC 40 perd 2,82 % en cinq jours et revient sous les 5.000 points. L'aversion au risque remonte.

 

A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, les investisseurs sont dans le flou. Quatre candidats au coude-à-coude, dont deux font figure d'épouvantail pour les marchés : cette incertitude pèse sur la Bourse de Paris qui vient d'enregistrer sa cinquième séance de baisse d'affilée. Il faut remonter au 4 novembre, soit la semaine qui avait précédé la victoire de Donald Trump, pour trouver trace d'une telle séquence baissière. Le CAC 40 a même clôturé sous la barre des 5.000 points, au plus bas depuis le 15 mars. Dans la dernière ligne droite, les marchés financiers préfèrent prendre des bénéfices compte tenu de la montée du risque politique, d'autant que « l'annonce des élections anticipées en juin en Grande-Bretagne a rajouté à l'incertitude actuelle », selon Tangi Le Liboux chez Aurel BGC.

 

De l'or ou des emprunts d'Etat allemands

 

Cela se traduit par une forte hausse de l'aversion pour le risque. L'indice VCAC, qui mesure la volatilité de l'indice français, a doublé entre le 22 mars et le 18 avril. La volatilité de l'euro bondit également à un niveau élevé. « Le coût de la couverture à la baisse de l'euro s'est envolé, bien plus haut que lors de la crise de 2011 dans la zone euro. Cela montre à quel point l'élection française est prise au sérieux », selon Tangi Le Liboux.

 

« On sent qu'il y a beaucoup de fébrilité sur les marchés, même si les investisseurs évitent de prendre des positions trop drastiques. Il y a des éléments de risque toujours importants notamment sur le projet européen des différents candidats, mais si l'on fait le jeu des probabilités, on peut penser que l'on est face à une faible probabilité d'un risque extrême », tempère Samy Chaar chez Lombard Odier. AXA IM a ainsi fait tourner ses modèles et a combiné les sondages disponibles avec une approche probabiliste. Celle-ci place Emmanuel Macron, au 14 avril, en pole position (55 % de probabilité), devant François Fillon (21 %) et Marine Le Pen (14 %), Jean-Luc Mélenchon étant loin derrière (7 %). « Par conséquent, notre modèle implique que si l'élection avait lieu aujourd'hui, il y a 76 % de chances que son issue soit perçue comme favorable par les marchés. Et même dans le cas d'un résultat adverse pour les marchés, nous estimons que le risque de sortie de l'UE est très faible dans le cadre institutionnel français », espère AXA IM.

 

Malgré tout, les investisseurs, qui se sont orientés ces dernières semaines sur les actifs refuges comme l'or ou les emprunts d'Etat allemands sont aussi plus actifs sur les marchés. Ils se détournent des actions jugées risquées. « La rotation est bien visible, les marchés sont sur la défensive », reconnaît Tangi Le Liboux. Sur cette période de cinq jours, on ne compte que quatre valeurs en hausse : Essilor (+1,42 %), Pernod Ricard (+1,25 %), Sodexo (+1,08 %) et Unibail (+0,13 %), des valeurs disposant d'une forte visibilité et/ou d'une belle présence à l'international. A l'inverse, les banques sont de nouveau secouées. En cinq jours, Société Générale a perdu 7,53 %, Crédit Agricole SA 7,04 % et BNP Paribas 5,88 %. Les financières qui sont en bonne place dans le panier de valeurs « incertitude politique » de JP Morgan, composé des titres qui pourraient le plus souffrir « de la victoire d'un candidat extrême ». Malgré tout, Tangi Le Liboux « ne serait pas surpris que cela se calme dans les prochains jours, en attendant de voir la réaction lundi, qui pourrait être très mauvaise si le casting ne plaît pas au marché ».

 

 

Source : Les Echos