30/06/2015  -  International
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La crise grecque menace-t-elle l'économie mondiale?

La Grèce va se retrouver en défaut de paiement si elle ne rembourse pas le FMI avant le 1er juillet. Julien Barlan rappelle que cette situation serait lourde de conséquences sur la zone euro.

 

La tragédie économique grecque pourrait connaitre un dénouement prochain, qui pourrait se solder, comme au théâtre, dans des conditions dramatiques. La Grèce est dans une situation terrible, avec un ratio dette sur PIB de 180%, le troisième plus élevé au monde après le Japon et le Zimbabwe. Il parait aujourd’hui évident que compte tenu de la situation financière du pays, ce dernier ne pourra honorer ses créances, même partiellement, sans aide extérieure. Pour autant, tout prolongement de la solidarité européenne, ou même effacement de la dette, sans réformer en profondeur l’économie grecque ne ferait que repousser le problème: la Grèce s’est mise dans cette situation et si rien ne change elle s’y retrouvera de nouveau. Se contenter de dire qu’un effacement de la dette serait la panacée et la clé de la prospérité est ainsi réducteur et tout à fait inexact. Il est évident que le statu quo en matière de collecte fiscale et de gestion des comptes publics, même avec une restructuration totale de la dette, ne serait pas une amélioration économique.

 

En cas de non remboursement des 1,5 milliards d’euros dus au FMI mardi, la Grèce ne serait pas automatiquement exclue de la zone euro. Il n’y a, en effet, à priori pas de lien de cause à effet entre honorer une créance internationale et appartenir à une zone économique commune. Mais les conséquences morales seraient importantes. Derrière l’acronyme du FMI, il y a les nations qui mettent chaque année au pot (la France en est le quatrième contributeur). Faire défaut au FMI, c’est donc faire défaut sur ses partenaires. Une période d’instabilité économique et financière se mettrait alors en place. La Grèce pourrait être forcée de quitter la zone euro si la BCE coupait les vivre aux banques helléniques. L’institution a beau être indépendante, on l’imagine cependant mal prendre une telle décision sans un soutien politique majeur. Les dirigeants européens, Français et Allemands en tête, prendront-ils le risque d’être le premier fossoyeur de l’euro?

 

La question mérite d’être posée car sans une aide rapide et avec un défaut au FMI, il est impensable d’imaginer la Grèce honorer un remboursement de 3,5 milliards d’euros qu’elle doit effectuer à la BCE dès Juillet prochain, encore moins ceux dus au mécanisme européen de stabilité à partir de 2023. De tels manquements, cette fois-ci directs, à ses partenaires européens poserait ouvertement la question de l’appartenance du pays à la zone euro. Le seul moyen d’éviter cette situation est donc d’obtenir de l’aide extérieure, ce qui reviendrait à demander aux États européens de se refinancer eux-mêmes et ainsi permettre de repousser la date de paiement. Or, là aussi, sans réformes économiques pour rendre la Grèce viable à terme, quel intérêt pour les Européens de repousser sans fin un problème insolvable?

 

Enfin, cette tragédie ne se joue pas qu’en Grèce. C’est l’économie mondiale dans son ensemble, et avant tout l’économie européenne, qui est menacée à court terme. Cette instabilité et la perspective de la fin du dogme de l’infaillibilité de l’euro se traduira économiquement par une déstabilisation des taux d’intérêts des pays périphériques. On se retrouverait alors plongés quatre ans en arrière, avec une nervosité des marchés obligataires et une envolée des taux italiens, espagnols ou encore portugais. En ayant laissé la situation grecque se terminer en défaut, c’est l’ensemble de la zone euro qui aura montré son incapacité à juguler un problème interne. L’absence de coordination et d’entente entre ses pays membres n’augureraient rien de bons pour l’avenir et les marchés ne manqueraient pas de s’en souvenir: car ce ne sont pas les monnaies fortes, défendues avec vigueur par des institutions puissantes, que l’on attaque. C’est encore plus dommage que l’Euro et son système dirigeant se sont montrés jusqu’à présent très forts, en permettant à la Grèce de survivre pendant cinq ans dans une zone où elle n’a pas, en l’état actuel des choses, sa place de manière évidente.

 

Quant aux enthousiastes de la fin de l’euro, qui jubilent de la crise actuelle, ils en seront pour une douche froide, voir glacée. En effet, l’économie grecque produit peu de biens à forte valeur ajoutée. Son industrie ne représente que 16% de son PIB rendant très improbable l’efficacité d’une dévaluation. Elle rendra simplement la vie plus chère aux Grecs, entrainant notamment une hausse du coût de l’énergie et des biens importés. Quant au tourisme, qui représente près d’un cinquième de l’économie actuelle, difficile de l’imaginer voir prendre une place encore plus importante. Enfin, si la fin de l’euro amorcée par le Grexit venait à se généraliser, qui peut raisonnablement penser que la France se porterait mieux si tous ses partenaires économiques se mettaient à enchainer les dévaluations?

Décidément on oublie trop les leçons d’un passé pourtant pas si lointain.

 

 

Source : Le Figaro Vox