10/05/2016  -  Economie/Finance
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La nouvelle carte de la philanthropie

Une étude de la Fondation de France place l'Alsace au premier rang. Les particuliers peuvent déduire leurs dons des impôts à hauteur de 66 %.

 

 

 

Jusqu'au 28 juin, le département de l'Isère et le musée de Vizille ont lancé un appel aux dons auprès des particuliers pour acheter la première peinture conservée représentant la République française peinte en 1793 après la proclamation de la Première République. Sous la houlette de l'historienne Mona Ozouf, l'objectif est de réunir 15.000 euros pour que le tableau puisse rejoindre le musée de la Révolution.

 

Le particulier qui se penche depuis quelques semaines sur sa feuille d'impôt et voudrait bien bénéficier de déductions a l'embarras du choix pour trouver des projets de philanthropie. Si tous les Français ont la possibilité de déduire 66 % du montant de leur don à une oeuvre d'utilité publique (75 % dans la limite de 50.000 euros pour l'ISF), une étude que vient de publier la Fondation de France montre que la géographie du don est très diverse. La proportion de foyers donateurs varie de 10 % à 23 %, selon les régions.

 

La « diagonale du don »

 

« La France est traversée par une diagonale du don, de l'Alsace aux Pyrénées-Atlantiques, qui concentre les plus hautes proportions de donateurs, avec deux autres territoires à distinguer, la péninsule bretonne et les Alpes-Maritimes », note l'étude.

 

Au top des plus généreuses, l'Alsace avec 23,3 % de ménages donateurs et Rhône-Alpes avec 13 %. A l'inverse, le Nord est globalement moins enclin au don (voir ci- dessous). Pour l'observatoire de la Fondation, les facteurs socioculturels sont déterminants. En Alsace, en Bretagne et dans les Pyrénées-Orientales, « le don apparaît comme la traduction sociale, moderne et souvent désacralisée d'une longue tradition de charité chrétienne ».

 

L'étude est réalisée à partir des montants déclarés à l'administration fiscale, qu'ils soient au profit de fondations ou d'associations. Pour calculer le montant moyen dans l'Hexagone, qui est de 313 euros, les experts de la Fondation ont choisi de mettre de côté l'Ile-de-France, qui présente un montant de dons de 653 euros. En 2013, les chiffres publiés par Bercy montraient que 5,6 millions de foyers avaient donné 2,3 milliards d'euros, soit une somme moyenne de 411 euros. Mais les particuliers ne déclarant pas l'ensemble de leurs dons au fisc, certains estiment que ce chiffre se monte plutôt à 4 milliards.

 

Géographie des inégalités

 

L'intérêt du document de la Fondation est d'établir un indice de générosité relative en fonction des richesses : « C'est alors la géographie des inégalités qui apparaît », indique l'étude. Les régions les plus généreuses étant le Languedoc-Roussillon, le Nord-Pas-de-Calais, la Champagne-Ardenne et la Provence-Alpes-Côte d'Azur. L'Alsace n'arrive qu'en 14e place, selon ce classement.

 

Deux modèles de philanthropie se dessinent : « Une prise en charge par les couches les plus aisées de la population dans les zones de détresse économique et une générosité plus répandue, mais moins dotée, dans les zones plus dynamiques. » Une autre étude réalisée par le CerPhi l'an dernier a montré que 33 % des foyers donateurs déclarent des revenus supérieurs à 45.000 euros et sont en moyenne plus âgés que la population générale.

 

Face à la générosité des particuliers, les fondations se sont multipliées dans les métropoles. Paris en accueille plus de 1.200, soit les deux tiers d'entre elles. Hors région parisienne, un tiers des fondations sont en Rhône-Alpes et en Paca ; ces régions comptent aussi un nombre important de fonds de dotation, outil également répandu en Bretagne, dans les Pays de la Loire et en Aquitaine. Si le tiers des fondations reconnues d'utilité publique ont été créées avant 1945, le secteur connaît « un développement récent très significatif puisque la moitié des structures actives en France sont nées depuis 2000 ». L'étude observe également « une forte concentration de moyens autour d'une cinquantaine de fondations qui détiennent plus de 100 millions d'euros d'actifs, mais parallèlement un morcellement, avec un nombre croissant de petites structures, un cinquième des fondations possédant moins de 100.000 euros ». Enfin, il existe un fort potentiel philanthropique dans les territoires : la moitié des plus grandes fortunes de France vivent en province et, parmi elles, les deux tiers n'ont pas créé de fondations.

 

 

Source : Les Echos