09/12/2015  -  Fiscalité
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La taxe qui pollue la COP21

 

 François Hollande rêvait d'une grande taxe Tobin dédiée à la lutte contre le réchauffement climatique pour couronner sa COP21. A deux jours de sa conclusion, on ne sait pas encore si la conférence de Paris se traduira par un succès. Mais on peut déjà dire que le projet de taxe sur les transactions financières à la mode européenne est voué à l'échec.

 

Mardi, 10 Etats membres, dont la France et l'Allemagne, se sont réjouis du compromis trouvé pour mettre en place une TTF… tout en se donnant six mois de plus pour en définir les modalités. Autant dire que ce feuilleton diplomatique qui dure depuis quatre ans n'en est pas encore à son épilogue. La COP21 méritait pourtant mieux que cet ersatz de solidarité internationale. Il ne fait aucun doute que les négociations de Paris doivent accélérer sur l'aide aux pays les plus pauvres, qui sont à la fois les moins responsables et les premières victimes du dérèglement climatique. Leurs besoins sont colossaux - 150 milliards de dollars par an d'ici à 2030, selon les Nations unies. Un accord est capital pour aider les métropoles littorales à ériger des digues contre la montée des eaux, à financer l'arrêt de la progression du désert, qui met en péril la sécurité alimentaire de millions de personnes, à bâtir des infrastructures résistantes aux catastrophes naturelles qui vont se multiplier. Mais c'est une erreur de faire croire qu'une taxe Tobin permettra d'abonder ces financements. C'est confondre deux objectifs avec la certitude de n'atteindre aucun des deux.

 

Car personne ne peut ignorer les effets néfastes d'une TTF imposée dans seulement 10 pays. Rien n'est plus facilement délocalisable qu'une transaction financière. Le jour où la taxe sera mise en oeuvre, la grande majorité de l'assiette disparaîtra. Les transactions fuiront vers des cieux fiscaux plus cléments, à Londres, Luxembourg ou Singapour. Les centres financiers - comme celui de Paris - perdront quelques milliers d'emplois supplémentaires. Et ce sont les entreprises et les épargnants qui paieront la facture finale. Bref, les coûts l'emporteront largement sur les bénéfices attendus, les milliards ne seront jamais au rendez-vous. Il existe d'autres moyens plus intelligents pour mettre la finance au service des projets climatiques : les obligations vertes, avec des fonds fléchés vers des projets écologiques, l'investissement socialement responsable, qui promeut les meilleurs élèves en matière environnementale, un marché du carbone efficient, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Vouloir imposer une TTF au service du climat est une mauvaise idée. On n'endigue pas un tsunami avec des sacs de sable.

 

 

Source : Les Echos