14/10/2015  -  Economie/Finance
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Le cri d'alarme des banques européennes face à la domination américaine

 

Les grandes banques américaines ne cessent de gagner des parts de marché.

Leurs concurrentes européennes craignent que leur régulateur creuse davantage le fossé.

 

A qui profite la crise de 2007 ? A ceux par qui elle est arrivée : les banques américaines. Leurs concurrentes européennes crient aujourd'hui à l'injustice, alors que les régulateurs du Vieux Continent sont engagés dans une surenchère réglementaire destinée à les rendre plus solides. Frédéric Oudéa, le président de la Fédération bancaire européenne et directeur général de la Société Générale, va marteler ce message ce mardi à Bruxelles, après une première alerte lancée la veille dans les colonnes du « Financial Times » : « Une poignée de banques universelles américaines gagnent des parts de marché à l'étranger, en même temps qu'elles renforcent leurs positions sur leur marché domestique, en grande partie grâce à la régulation qui rend plus difficile l'intervention des acteurs étrangers sur le sol américain », s'est-il plaint. Le président de Barclays, John McFarlane, ne dit pas autre chose, qui s'inquiétait dès juillet que « les Américains sont dans une plus forte position que quiconque. C e n'est pas terminé et c'est très grave ».

 

Allégées du poids du passé

 

De fait, les cinq plus grandes banques américaines ont capté 59 % des grandes opérations financières en 2014, contre 48 % en 2009. Dans le même temps, les cinq plus grandes banques d'investissement européennes ont vu leur part chuter de 35 % à 31 %. Sur leur propre chasse gardée, les acteurs américains se sont arrogé cette année 22 % des émissions obligataires libellées en euro, contre à peine 8 % en 2010.

 

A la différence de banques européennes universelles, la plupart des banques américaines, indique KBW dans un rapport, sont aujourd'hui rentables, net du coût du capital. Elles se sont en outre allégées du poids du passé, réduisant leurs provisions par près de cinq (0,18 % des actifs prévu en 2015), soit deux fois plus vite que les banques européennes depuis 2010. Or ce sont les banques du Vieux Continent qui vont supporter le gros des amendes à venir (50 milliards de dollars, contre 15 milliards pour les banques américaines), selon un rapport de Morgan Stanley.

 

« Last but not least », les banques américaines se sont trouvé un allié de poids : le régulateur européen, lancé dans une escalade réglementaire. Les banques européennes craignent plus particulièrement le projet de taxe sur les transactions financières et la séparation des activités bancaires, qui vise à contenir les activités jugées risquées de banque d'investissement.

 

« Ceci est malavisé et déloyal, compte tenu du fait que les banques américaines qui comptent de larges pans d'activités d'investissement à Londres seraient en fait exonérées de ces réglementations », souligne Frédéric Oudéa. Le système bancaire européen est désormais suffisamment sûr, estime-t-il et cette inflation de règles ne conduirait qu'à le fragiliser vis-à-vis de la concurrence. « Veulent-ils forcer les entreprises européennes à ne dépendre que des établissements non européens pour leurs solutions d'investissement et de couverture ? ». Ce serait « imprudent (...) ; durant la dernière crise, les banques américaines se sont retrouvées sous une pression intense pour réduire leur exposition aux actifs européens », rappelle Frédéric Oudéa. Le patron de la Société Générale craint le même sort pour le secteur bancaire européen que pour les télécoms, dont les produits sont banalisés et les marges compressées par les géants américains de l'Internet. Et il ne compte visiblement pas se muer en Patrick Drahi de la finance en multipliant les acquisitions. John McFarlane a au contraire lancé lundi un appel en ce sens pour la constitution d'un champion européen face aux Américains.

 

 

Source : Les Echos