09/03/2015  -  Patrimoine
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Le fonds le moins actif du monde est aussi l’un des plus performant

En 1935, les gérants de  Corporate Leaders  Trust ont mis en portefeuille 30 sociétés américaines pariant que si elles avaient survécu à la crise de 1929 elles sauraient prospérer à l’avenir. Sans avoir jamais cédé de titres sur le marché depuis, le fonds surperforme la plupart de ses concur-rents.

 

La gestion passive poussée à son paroxysme. Le Corporate Leaders of America Trust défie les années et nargue beaucoup de gérants actifs grâce à une stratégie d’une simplicité biblique, mais qui fait figure d’ovni dans l’univers de la gestion: miser sur une sélection de grandes valeurs et ne plus y toucher, ce depuis... 80 ans. Avec un succès qui ne se dément pas.

 

À titre d’exemple, un ticket de 10.000 dollars placé sur le fonds en 1970 aurait rapporté à fin 2014 (hors charges) 1,229 million de dollars, contre 852.395 dollars pour une somme équivalente placée sur un tracker S&P 500 (et 212.452 dollars seulement en misant sur le Dow). La surperformance du Voya Cor-porate Leaders Trust s’est même accentuée depuis les années 2000.

 

Le fonds a été créé en 1935, au milieu de la Grande Dépression. Il est aujourd’hui piloté par Voya Investment Management (l’ancienne branche de gestion d’ING aux USA). Au départ, ses gérants ont choisi trente champions du capitalisme américain, mis en portefeuille . Depuis, aucune position n’a été cédée, les lignes n’évoluant qu’à l’occasion de faillites (comme celle d’Eastman Kodak en 2012), de fu-sions ou de scissions. Quant aux sommes apportées par les souscripteurs au fil des années, elles sont réparties de façon équivalente sur chacune des positions.

 

Dans le lot des positions, certains noms sont restés identiques, de General Electric, Dupont de Ne-mours ou Union Pacific Corp et Procter & Gamble n’ont pas changé en 80 années. D’autres sociétés ont évolué dans la continuité à l’image de l’American Telephone and Telegraph, devenue tout simplement AT&T. En revanche, il faut faire preuve de davantage de curiosité pour reconnaître en Foot Locker le descendant de F.W. Woolworth, une chaîne de magasins bon marché, ou en Praxair l’ancienne branche de gaz industriels d’Union Carbide, le reste du groupe étant acquis par Dow Chemical.

 

Par ailleurs, le Corporate Leaders avait acquis plusieurs sociétés pétrolières issues du démantèlement de la fameuse Standard Oil comme la Standard Oil of New Jersey, devenue Exxon en 1972, et la Soco-ny-Vacuum, devenue Mobil en 1965. Ironie de l’histoire, l’actuelle ExxonMobil a ainsi peu à peu fédéré une bonne partie des entreprises créées par le démantèlement du monopole de John D. Rockefeller.

 

Le fonds a en outre la bonne fortune d’être désormais actionnaire de Berkshire Hathaway, la société de Warren Buffett. L’une des compagnie de chemins de fer acquise en 1935 par le fonds, The Atchinson Topeka Santa Fe Railway, a en effet fusionné dans les années 1990 avec la Burlington Northern, pour donner naissance à la Burlington Northern & Santa Fe Railway (BNSF) à son tour acquise par Buffett en 2010 par échange de titres.

 

 

Source : Le Figaro Bourse