17/02/2016  -  Immobilier
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Les clients de l'immobilier de luxe snobent Paris

Les prix n'ont pas augmenté autant que dans les autres grandes capitales et les transactions supérieures à 10.000 euros le mètre carré ont reculé.  L'immobilier parisien haut de gamme ne répond pas suffisamment aux critères internationaux du luxe.

 

Le luxe est français… sauf dans l'immobilier, où l'étoile de Paris pâlit. Certes la capitale française reste une destination touristique prisée, mais de là à convaincre les étrangers non résidents d'y investir dans l'achat d'un bien, il y a une différence et elle se creuse, selon Stéphane Imowicz. L'ex-directeur général de Crédit Foncier Immobilier, qui a fondé l'an dernier son cabinet en conseil immobilier haut de gamme, Ikory, pointe du doigt deux phénomènes marquants. Tout d'abord pour les biens de luxe (définis par Christie's comme ceux supérieurs à 3 millions d'euros), les prix, aujourd'hui, décrochent par rapport à ceux des autres grandes capitales. « Les prix médians de Paris n'ont pas connu la forte reprise d'après-crise de Londres et New York, remarque l'étude d'Ikory. De plus, la structure du parc parisien est orientée vers des surfaces plus petites (56 m² en moyenne) que celle des autres capitales. »

 

Paris devancé par Sidney

 

Résultat : alors que, en termes de prix au mètre carré, Paris se situe au quatrième rang mondial, la capitale française n'arrive qu'en septième position en nombre de ventes d'un montant supérieur à 1 million de dollars. « Paris est ainsi devancé par des villes comme San Francisco, Sydney et Toronto, ce qui est étonnant », souligne Stéphane Imowicz. Et, en prix au mètre carré, l'écart avec d'autres capitales s'accroît au détriment de Paris. Evidemment, appliqué au luxe, le « déclin » est une notion qui peut laisser rêveur : le prix moyen des biens de prestige atteint quand même, dans la capitale française, d'après des données du réseau Daniel Féau, 14.500 euros le mètre carré… Mais c'est une paille par rapport aux 36.527 euros que coûte le mètre carré londonien. New York (21.216 euros le mètre carré) et Hong Kong (20.108 euros le mètre carré) sont aussi au-dessus de la barre des 20.000 euros, contrairement à la France. Par ailleurs, avec la flambée de l'immobilier à Paris ces dernières années, les biens supérieurs à 7.500 euros le mètre carré concernent, depuis 2011, 70 % des transactions, mais « le segment des ventes supérieures à 10.000 euros le mètre carré est en léger recul depuis trois ans, à 19 % des transactions », souligne Ikory.

 

Car l'immobilier de luxe est un marché où prédominent les acheteurs étrangers, or Paris est l'une des grandes capitales les moins ouvertes à l'international. Selon les chiffres des Notaires de Paris-Ile-de-France, seuls 8 % des transactions y sont le fait des étrangers (contre 20 % pour Londres, rapporte une étude de Knight Frank), voire 3 % seulement si on ne considère que les non-résidents. « Le nombre d'étrangers résidant hors de France et achetant à Paris est en décroissance, souligne Ikory. Il est redescendu en dessous de 3 % des transactions après avoir dépassé les 4 % en 2008-2009. »

 

Recul des acheteurs non résidents

 

Dans les quartiers les plus recherchés, l'écart entre Paris et Londres est spectaculaire. A Paris, où sont concernés les quartiers des Champs-Elysées, de Notre-Dame et de l'Odéon, les étrangers ne représentent que 15 % des transactions contre 49 % pour les quartiers les plus huppés du centre de Londres. Il est vrai que la capitale britannique a eu pendant des années le bénéfice d'une politique fiscale très favorable aux étrangers non résidents, leurs revenus provenant de l'étranger étant exonérés d'imposition.

 

Il y a moyen pour Paris de développer son marché de l'immobilier de luxe, puisque la planète compte aujourd'hui 15 millions de millionnaires, soit 46 % de plus en six ans, et que l'immobilier ne représente que 18 % de leurs actifs (23 % chez les Européens, estime Capgemini). Mais, pour capter cette clientèle, il va falloir une offre immobilière plus conforme aux standards internationaux du luxe. Au-delà de l'adresse prestigieuse, un préalable, le « minimum syndical » est un immobilier griffé (vendu meublé et décoré par un architecte de renom), offrant des services (conciergerie, spa privé, sécurité entre autres) et un équipement doté de technologie de pointe (insonorisation, domotique, etc.), estime Stéphane Imowicz. Des critères que l'offre parisienne ne remplit pas suffisamment souvent.

 

 

Source : Les Echos