30/05/2016  -  Economie/Finance
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Les Français, champions d’Europe de l’épargne et bonnet d’âne de l’investissement

Les Français privilégient les liquidités et ont peur d’investir. Une habitude préjudiciable à long terme selon BlackRock.

 

Les Français sont déjà champions d'Europe. Certes, pour le football, il faudra attendre le 10 juillet, mais pour l'épargne, c'est déjà fait. 87 % des Français mettent de l'argent de côté, plus que les Belges (83 %), les Espagnols (81 %), les Italiens ou les Anglais (75 %). Cocorico ? Pas vraiment, selon le géant de la gestion d'actifs BlackRock, auteur d'une étude réalisée courant 2015, en collaboration avec Cicero, dans 20 pays, auprès de 31.139 personnes. « 87 % des Français épargnent, soit le taux le plus élevé d'Europe », mais ils sont aussi ceux qui « investissent le moins sur les marchés financiers (33 %), avec les Néerlandais (27 %) », loin très loin des Suédois (61 % à investir sur les actions, les obligations, etc.), les Italiens (45 %) ou les Allemands (44 %). Conséquence selon Black­Rock, leur «santé financière est menacée par la peur d'investir».

 

4 % pour les actions

 

Car si les Français épargnent beaucoup, ils privilégient surtout l'épargne liquide, jugée sans risque. Selon le sondage, 55 % de leurs actifs sont placés en liquidités, avec le Livret A en place de choix. L'Assurance-vie en euro pèse 19 % contre seulement 4 % pour les actions et 3 % pour les obligations. Pourtant, note BlackRock, ils reconnaissent que l'idéal serait de limiter les liquidités à 31 % du patrimoine. Mais ils n'en font rien. Pourquoi, s'interroge le gérant américain.

 

D'abord parce qu'ils ont peur... « Les Français associent le concept de risque à la perte d'argent », constatent les auteurs de l'étude. Mais c'est aussi le cas de la plupart des pays européens. La moitié des 1.000 Français interrogés justifient en effet le non-investissement par le fait qu'ils « pourraient perdre une partie de leur argent », et même « tout leur argent » pour 44 % d'entre eux. Plus qu'un quart (28 %) pensent aussi que la valeur de leur investissement pourrait baisser et 24 % pensent ne pas pouvoir obtenir le rendement attendu. La crise financière de 2007-2008 a visiblement fait des dégâts dans l'opinion, autant que dans les portefeuilles boursiers... «L'un des principaux obstacles à l'investissement est le sentiment de sécurité associé aux liquidités », poursuivent les auteurs de l'étude. « 24 % des Français se disent prêts à convertir plus d'épargne en produits d'investissement s'ils estiment avoir assez de liquidités épargnées pour être en sécurité ». Cela traduit un manque de confiance en l'avenir.

 

« Gestion de père de famille »

 

Par ailleurs, ils estiment ne pas avoir les connaissances : 28 % seulement jugent que «l'investissement est fait pour les personnes comme moi». Pour Stéphanie Fawcett, de BlackRock, «il ne fait aucun doute que les Français ont été élevés pour privilégier la discipline et non la croissance financière. Il est donc difficile de les mettre à l'aise lorsqu'il s'agit d'investir.»

 

Ce serait donc une question d'éducation, mais aussi de «culture», de valeurs. Quand on leur demande quels sont les sentiments associés à l'investissement et ceux associés à l'épargne, les seconds apparaissent nettement plus positifs : prudence, responsabilité, maître de ses décisions (ce qu'on appelle la gestion du bon père de famille) contre ambition, inquiétude plutôt associés à l'investissement...

 

Épargner pour la retraite

 

Le soucis, c'est que cette épargne ne rapporte plus rien, ou alors pas grand-chose. Selon BlackRock, 1000 euros placés en liquidités début 2005, vaudrait un peu moins de 1.200 euros début 2015. Placé en actions européennes, le pécule se monterait à 1.600 euros. Convaincant ? Pas pour 48 % des Français qui, confrontés à cet exemple, déclarent qu'ils ne modifieront pas leur façon d'épargner. Et l'âge ne fait rien à l'affaire : 60 % des jeunes de 25 à 34 ans affirment qu'ils continueront à privilégier massivement les liquidités. « Lorsqu'il s'agit d'épargner pour l'avenir, les liquidités sont particulièrement rassurantes. Elles donnent un sentiment de sécurité et il est bon de savoir qu'on peut les utiliser quand on veut. Mais dans l'environnement actuel, les Français doivent reconsidérer leur manière d'appréhender leurs placements afin de sécuriser la croissance de leur capital et des revenus qu'ils perçoivent pour atteindre leurs objectifs financiers de long terme », prévient Iavana Davau chez BlackRock France. Notamment dans la perspective de la retraite. Ils sont d'ailleurs 52 % à avoir commencé à épargner en prévision de leur retraite (contre 44 % en 2013), un peu plus que les Italiens et les Espagnols et bien moins que les Allemands ou les Suédois (69 %). De ce point de vue, la France part avec une longueur de retard pour être championne d'Europe.

 

À NOTER

 

6 % des Français réfléchissent à leur finance... sous la douche... 8 % en regardant la télé. C'est toujours mieux que les 24 % qui ne pensent jamais à leurs finances à long terme...

 

 

Source : Les Echos