24/05/2016  -  Economie/Finance
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Les marchés de matières premières enlisés dans la morosité

La 30e édition du rapport CyclOpe, qui est dirigée par Philippe Chalmin, paraît mardi. Le contre-choc des matières premières a des répercussions dramatiques, bien au-delà de ces seuls marchés.

 

Le tableau dressé par le groupe CyclOpe sur les marchés des matières premières n'avait probablement pas été aussi morose depuis sa création il y a trente ans. Un paysage de désolation. « Objectivement, je ne pensais pas qu'en 2015 il y aurait un tel effondrement », reconnaît ­Philippe Chalmin, le président et fondateur de CyclOpe, dont le ­trentième rapport sur l'état et les perspectives des marchés des matières premières paraît mardi, et dont « Les Echos » sont partenaire*.

 

Certains marchés pourraient être au plancher, Et le professeur d'histoire économique à l'université Paris Dauphine est sûr d'une chose : « Si plancher il y a, nous allons y rester, et pour un certain temps. » Que ce soit dans l'énergie, qu'il s'agisse du pétrole, du charbon ou du gaz naturel (où il y a potentiellement pire à venir), dans les minerais et métaux (où le fer n'a pas fini sa descente aux enfers) ou bien dans les produits agricoles (où les grains pourraient être encore malmenés).

 

Dans ce contexte de poursuite du retournement des marchés de matières premières entamé en 2014 qui s'est amplifié l'an dernier, il n'y a guère de place aux raisonnements vraiment haussiers.

 

A qui la faute ? En premier lieu, pas à la Chine. Pour l'essentiel, la responsabilité est à rechercher du côté des producteurs et de leur stratégie, dit Philippe Chalmin. Que ce soit celle de l'Arabie saoudite pour le pétrole, celle des géants miniers australiens pour le minerai de fer, des groupes chinois pour l'aluminium ou des Néo-Zélandais et des Européens pour les produits laitiers.

 

Au final, chercher à produire davantage pour tenter de sortir du marché les moins efficients n'a fait qu'aggraver la situation. Et entraîner les grands acteurs dans des guerres féroces pour gagner des parts de marché : une reprise des ­tensions commerciales qui rappelle celles des années 1980, où l'on voit resurgir, par exemple, les accusations de dumping sur l'acier.

 

Et ce contre-choc sur les matières premières a des répercussions dramatiques, bien au-delà de ces seuls marchés. « Cela remet en cause quelques illusions de développement et nous rappelle que la malédiction des matières premières est une réalité », lance Philippe Chalmin. Les difficultés du Brésil font réaliser l'implosion totale de la notion de BRIC. Quant à certains pays africains qu'on voyait se développer de manière impressionnante en plein choc des matières premières entre 2006 et 2014, prêts à décoller, ils ne vivaient en fait que de la rente des matières premières, et le plongeon du pétrole ou des ressources minérales les a dévastés.

 

Evidemment, aujourd'hui « plus personne n'a envie d'investir », lâche le spécialiste. En 2015, on n'avait pas découvert aussi peu de gisements pétroliers que depuis le début des années 1950. Les investissements en cours doivent toutefois être terminés. Rio Tinto vient ainsi de relancer la dernière phase de son immense projet minier en Mon­golie ; le projet de forage pétrolier offshore de Kashagan devra bien lui aussi être fini. C'est la queue des investissements. D'ores et déjà, ­certains risquent de ne pas être suffisants. Et Philippe Chalmin de ­conclure : « Nous préparons les prochaines années de tension, mais... dans cinq à dix ans. »

 

 

Source : Les Echos