05/11/2015  -  Patrimoine
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Les questions essentielles pour bien préparer sa retraite

 

Comment bien préparer financièrement son après-vie active ? C’est un sujet essentiel mais trop souvent éludé car jugé tout à la fois inquiétant et complexe. Pour réussir cette phase de préparation à la retraite, voici les réponses aux questions essentielles qu’il convient de se poser.

 

Avec un montant moyen de pension de 1.306 euros bruts par mois au titre de la retraite de base en 2013, plus de 3 actifs sur 4 estiment d’ores et déjà qu’ils auront besoin de compléter leur retraites par des ressources supplémentaires selon la 4e édition du baromètre Deloitte sur « Les Français et la préparation de leur retraite » de décembre dernier. Et pourtant… à peine plus de la moitié d’entre eux épargnent dans cette optique et 72 % n’y consacrent en moyenne que 452 euros par an d’après cette même étude. Choix des placements, gap à combler, montant à y consacrer… Difficile de savoir comment bien aménager financièrement son après-vie active. Pour réussir cette phase de préparation, voici les réponses aux questions essentielles qu’il convient de se poser.

 

Quand faut-il commencer à y penser ?

 

Incertitude sur l’avenir du système français de retraite et dégradation du taux de remplacement obligent, mieux vaut commencer à préparer financièrement son après-vie active le plus tôt possible, idéalement dès son premier contrat de travail. « Prendre l’habitude dès le début de sa carrière professionnelle de mettre chaque mois un peu de côté en vue de sa retraite permet de rendre son effort d’épargne le plus indolore possible. A 30 ans, l’idée en effet n’est pas de consacrer à cet objectif des sommes importantes mais d’adopter une régularité dans ses versements » indique Valérie Bertholleau, responsable marketing produits d’épargne, assurance et prévoyance à la Bred.

 

Exemple, en plaçant 83 euros tous les mois sur un contrat d’assurance-vie rémunéré 2 % par an (net de frais) à partir de votre trentième anniversaire, vous bénéficierez au moment de votre départ à la retraite à 65 ans d’un capital de 50.000 euros. A titre de comparaison, pour obtenir le même montant en commençant à épargner à 50 ans, vous devrez y dédier 240 euros par mois. Et, s’il n’est bien sûr jamais trop tard pour se créer un complément de pension, « celui qui attend d’avoir 40 ou 50 ans pour le faire va devoir, en plus de son épargne régulière, mobiliser du capital pour parvenir à s’assurer un supplément de revenus significatif jusqu’à son décès », reconnaît Olivier Mariée, directeur des activités épargne, retraite et wealth management chez Axa France.

 

Comment procéder pour estimer le montant de sa retraite ?

 

A première vue, se faire une idée du montant de sa future pension n’a rien de compliqué. Il suffit pour cela d’additionner la somme estimée au titre de son régime de base et celle évaluée au titre de son ou ses régimes complémentaires. Sauf que… d’un régime de retraite à l’autre, les salaires ou les revenus pris en compte pour le calcul diffèrent, de même que les coefficients de taux plein. Difficile donc de s’y retrouver, notamment en cas de carrière non-linéaire, c’est-à-dire de cotisations successives (ou simultanées) auprès de plusieurs caisses. Au point qu’un senior sur deux, selon l’étude HSBC sur « L’Avenir des retraites » publiée en septembre 2013, réalise après coup avoir surestimé son revenu à la retraite.

 

Première étape donc pour estimer au mieux sa retraite : conserver toutes ses fiches de paie ainsi que les documents administratifs attestant de son parcours professionnel. « Il est essentiel en effet de vérifier qu’aucun de ses droits n’a été oublié et que le moindre de ses petit boulot a bien été pris en compte, tout comme les périodes de service militaire ou celles éventuelles de chômage », insiste Pascale Gauthier, expert associé de Novelvy, cabinet de conseil en stratégie de retraite. Et pour ce faire, veiller à ce que tous apparaissent sur le « relevé de situation individuelle » adressé par le GIP Info Retraite à chaque assuré tous les cinq ans à compter de son 35e anniversaire (ou consultable désormais à tout moment sur le site de la caisse de retraite de son choix). Dans le même ordre d’idée, « il faut impérativement s’assurer tous les deux à trois ans que ses points Arrco/Agirc ont bien été comptabilisés », poursuit Pascale Gauthier. Là encore, « en pointant son « relevé actualisé de points » accessible en ligne sur le site des retraites complémentaires ». Reste ensuite sur la base des informations ainsi vérifiées à recourir à des simulateurs de calcul ou à attendre de recevoir de la part de son organisme de retraite une « estimation indicative globale ». Problème : ce document n’est envoyé qu’à partir de 55 ans de l’assuré et les simulations chiffrées fournies s’appuient sur un déroulé de carrière linéaire jusqu’à la fin de sa vie professionnelle.

 

Combien mettre de côté pour s’assurer un complément de revenu significatif ?

 

100.000 euros ? 200.000 euros ? 300.000 euros ? « Impossible à dire », sourit Marc Darnault, associé du cabinet de conseils Optimaretraite. « C’est à chacun, en fonction de son âge, de sa capacité d’épargne, de ses choix de placements et aussi de ses besoins financiers durant toute sa retraite, de définir individuellement la somme à épargner pour compléter sa pension ». Avec, néanmoins, toujours le même objectif : « f aire en sorte d’obtenir des revenus stables et réguliers », note Olivier Mariée. Car, plus qu’une question de montant à mettre de côté, c’est surtout une réflexion sur la manière de percevoir ce revenu complémentaire qu’il faut envisager. Motif ? Entre une consommation progressive du capital et une sortie en rente viagère avec versement jusqu’à son décès, les conséquences sont loin d’être identiques. Ainsi, un homme de 62 ans qui transforme aujourd’hui un capital de 100.000 euros en rente viagère touchera jusqu’à la fin de sa vie environ 4.000 euros par an. Soit, un complément mensuel de 333 euros. A l’âge de 82 ans, c’est-à-dire après avoir perçu pendant 21 ans sa rente, il aura d’ores et déjà récupéré le montant de son capital initial sans que cela remette en cause le versement de sa rente. Supposons à l’inverse qu’il décide de piocher chaque année dans son épargne l’équivalent d’une rente de 4.000 euros. Au terme de 30 ans de retraits, son capital de 100.000 euros sera alors épuisé.

 

Quelle stratégie patrimoniale mettre en place pour optimiser la préparation de sa retraite ?

 

Investir avant d’épargner, telle est paradoxalement la première démarche à effectuer pour envisager sereinement son avenir financier à l’heure de la retraite. « L’achat de la résidence principale constitue en effet la première étape d’une préparation réussie », souligne Christine Chauffeton, chef de produit au marketing épargne et spécialiste de la retraite pour LCL. « En devenant propriétaire le plus tôt possible, les particuliers diminuent à terme leurs charges de logement. Concrètement l’absence de loyer à payer et de prêt à rembourser leur permet, même avec la baisse de revenus essuyée au moment de leur passage à la retraite, de maintenir leur niveau de vie ».

 

Ce socle posé, tout dépend alors de son profil investisseur. Age, volonté d’aliéner ou non son capital, capacité à ne pas toucher à l’épargne ainsi mise de côté… « Il serait réducteur de parler de bons et de mauvais produits de placement. En revanche, certains sont plus adaptés à des situations et à des périodes de la vie que d’autres », juge Marc Darnault. Néanmoins, et compte tenu de la durée relativement longue d’une préparation retraite, « il faut jouer au maximum la carte de la diversification. Et, pour ce faire, panacher les produits avec sortie en capital ou en rente, mixer les natures d’investissement en mélangeant fonds euros, unités de compte et immobilier et enfin, combiner les placements à avantages fiscaux immédiats ou différés comme l’assurance-vie », détaille Géraud du Fayet de la Tour, responsable produit épargne retraite chez Groupama Gan Vie. Autre constante pour optimiser sa préparation : accepter une plus forte exposition au risque dans les premières années de la constitution de son capital et sécuriser progressivement ses positions à l’approche de sa sortie de la vie active. Sans oublier, et encore moins dans le contexte propice actuel, de faire jouer le levier du crédit. « Compte tenu des taux d’intérêt des prêts immobiliers et du niveau des rendements locatifs, acheter aujourd’hui un bien à crédit pour le louer équivaut à se constituer à terme une rente », observe Valérie Bertholleau.

 

 

Source : Les Echos