25/05/2016  -  Economie/Finance
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L'étrange torpeur de la Bourse de Paris

La volatilité s'est largement réduite à Paris, le prix du pétrole ayant réduit son emprise sur les actions. Alors que les risques restent bien présents, les actions françaises cherchent des raisons d'aller plus haut.

 

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Malgré la hausse de 2,46 % mardi de la Bourse de Paris, favorisée par la nouvelle poussée du dollar et par les espoirs d'accord sur la dette grecque (lire page 7), la Bourse de Paris a des allures d'encéphalogramme plat. Jusqu'à mardi, l'indice CAC 40 naviguait depuis trois semaines entre 4.245 et 4.353 points, soit une bande étroite d'à peine 2,5 %. En quinze jours, il n'avait alors enregistré qu'une seule séance de hausse (ou de baisse) de plus de 1 %. Rien de commun avec un premier trimestre agité sur les marchés. Au point que l'on se demande où est passée la volatilité.

 

En outre, depuis quelques semaines, les volumes de transactions sont particulièrement faibles. Ils dépassent rarement les 3 milliards d'euros. La réduction très nette de la volatilité se lit aussi dans l'évolution de l'indice de la peur, le VIX, qui évolue autour de 15 % contre un pic de 28 % en début d'année. Entre-temps, le pétrole a retrouvé un niveau d'équilibre à plus de 45 dollars, alors que l'euro a cessé de s'apprécier face au dollar. Conséquence, les corrélations entre la Bourse, le prix du pétrole et, dans une moindre mesure, le dollar « se sont nettement réduites », constate Aurel BGC, « le cours du pétrole ne jouant plus un rôle directeur dans le comportement récent des marchés ». En effet, poursuit la société, « la perception du risque autour des cours du pétrole a nettement baissé. Le recul de cette corrélation semble indiquer que les investisseurs sont convaincus que l'offre des pays non-Opep va durablement se réduire et que, à moyen terme, au regard des coupes dans l'investissement des entreprises du secteur, les prix repartiront à la hausse. » Si, depuis le 2 mai, le prix du baril de brent a regagné, encore 6 % et si l'euro s'est déprécié de 3,3 % face au billet vert, l'indice CAC 40 a, lui, quasiment fait du surplace.

 

La situation actuelle rappelle la période d'avril-mai 2015, marquée également par des séances sans vitalité à la Bourse de Paris alors que le marché reprenait son souffle après le lancement du plan de rachat d'actifs de la Banque centrale européenne. Un an après, l'argent gratuit continue d'inonder les marchés. Mais cela ne veut pas dire que la volatilité va disparaître. Bien au contraire, selon Colin Moore, responsable de l'investissement chez Columbia Threadneedle, pour qui la « volatilité moyenne est appelée à augmenter au cours des dix prochaines années et la fréquence des pics à s'accroître car, structurellement, les perspectives de croissance économique durable n'auront jamais été aussi faibles et le risque géopolitique jamais été [aussi] élevé depuis 1945 ».

 

Terrain glissant

 

Car les risques ne manquent pas : politiques (élections aux Etats-Unis, en Espagne, référendum sur le Brexit), économiques (croissance chinoise, américaine...) et monétaires (remontée des taux de la Fed, échec des politiques monétaires en Europe et au Japon). « La baisse de corrélation traduit, peut-être, avant tout l'absence de grandes idées directionnelles sur les différents marchés, ou autrement dit l'absence de visibilité sur la croissance mondiale », avance d'ailleurs Aurel BGC.

 

Le réveil pourrait donc être brutal, comme ce fut le cas il y a un an avec un été marqué par un mini-krach obligataire et par une capitulation des marchés actions le 24 août. D'autant que cette réduction de la volatilité s'est accompagnée d'une fuite des capitaux des actions vers les actifs obligataires. Selon Bank of America ML, depuis le début de l'année, les fonds actions ont subi, en net, 32 milliards de dollars de flux sortants dans le monde, quand les fonds obligataires ont enregistré onze semaines de collectes nettes en douze semaines. « Les mouvements de marchés sont de plus en plus attachés aux flux et soumis à l'administration du niveau des taux, et donc aux politiques des banques centrales. C'est un phénomène nouveau. Les flux sur les fonds permettent de jauger les arbitrages tactiques », note Yves Maillot chez Natixis AM. Compte tenu des niveaux de valorisation des actifs risqués, « les marchés financiers se trouvent en terrain glissant, selon Fabrizio Quirighetti, chez Syz WM. « La politique d'assouplissement extrême des banques centrales accorde un certain répit, mais il n'empêche qu'il faille composer avec les fondamentaux d'une croissance atone, d'une inflation en berne et d'un endettement élevé. » Un répit qui pourrait s'atténuer à l'approche de la réunion de la Fed les 14 et 15 juin prochain.

 

 

Source : Les Echos