08/03/2017  -  Patrimoine
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Placements : comment investissent les femmes ?

Qui tient les cordons de la bourse ? Les femmes ont-elles les mêmes réflexes que les hommes en matière d'investissements ? A l'heure de la journée de la femme, les réponses décoiffantes d’une étude Ifop - Union financière de France.

 

Il y aurait-il une approche spécifiquement « féminine » en matière de décisions patrimoniales ? Si la question peut intriguer, l'étude réalisée sur ce sujet par l'Ifop pour l'Union financière de France (UFF), et dévoilée lundi 6 mars, se révèle riche d'enseignements. Et elle prend à contre pied certains clichés relatifs aux supposées différences hommes-femmes dans ce domaine. L'enquête a été menée, début février 2017, auprès d'un échantillon de 600 françaises dites « patrimoniales » (*) et décrypte leur regard concernant leurs finances et investissements.

 

Dans le choix de leurs placements financiers ou patrimoniaux, les femmes décident-elles seules ? Le premier enseignement de l'étude surprend tout autant qu'il rassure. Ainsi, à la question « dans votre couple, qui de vous ou de votre conjoint est le décisionnaire final sur le choix de vos placements financiers ou patrimoniaux ? », elles sont 43 % à déclarer « décider ensemble », 42 % « elle-même », et seulement 8 % à affirmer « mon conjoint/mon époux », quand 7 % d'entre elles disent « n'être pas concernée, je suis célibataire et je décide seule ». « L'un des enseignements de cette étude, c'est que les femmes sont de plus en plus décisionnaires dans les finances de leur couple, ce que constatent nos conseillers sur le terrain », explique Paul Younès, directeur général de l'UFF.

 

Trop prudentes

 

Plus attendu en revanche, le comportement beaucoup plus prudent et averse au risque des femmes qui investissent ressort très nettement de cette enquête. « Cette prudence s'explique notamment par une évolution des situations matrimoniales, une complexité et une imprévisibilité plus fortes que les femmes anticipent. La majorité des familles monoparentales sont toujours aujourd'hui assumées par des femmes », souligne Paul Younès. Entre les deux profils d'investisseurs proposés par les sondeurs « Investisseurs prudents » et « Investisseurs ouverts aux risques », elles sont 72 % à opter pour le premier là où les hommes ne sont que 50 % à y souscrire.

 

Parmi ces femmes « prudentes », 27 % le sont car elles « n'acceptent aucun risque en capital et se satisfont, en contrepartie, d'un rendement faible » et 45 % « n'acceptent que de faibles risques en capital et se satisfont, en contrepartie, d'un rendement modéré ». Seul donc 24 % des femmes patrimoniales (contre 49 % chez les hommes) adoptent le profil « Investisseurs ouverts aux risques » et, parmi elles 21 % affirment « accepter de prendre des risques modérés en capital et rechercher, en contrepartie, un rendement moyen ». Quant leur pendant masculin, sont 41 % à être favorable à ce comportement.

 

Plus d'épargne de précaution

 

Ce peu d'appétit pour le risque financier se retrouve assez logiquement dans les principaux objectifs visés lors d'un investissement. Interrogées sur « quels sont les deux principaux objectifs qui guident vos décisions d'investissement », elles citent en premier la constitution d'une « épargne de précaution en cas de difficulté financière » (39 % des réponses) suivi de « se constituer un complément de revenus pour la retraite » (33 %). « L'idée pour la plupart des femmes, c'est d'éviter de prendre trop de risques, notamment parce qu'elles ont encore majoritairement des salaires inférieurs à ceux des hommes et veulent se constituer une épargne de précaution », souligne Paul Younès.

 

Si ces deux items viennent également en priorité dans les réponses des hommes, les proportions ne sont quand même pas les mêmes : 33 % pour les difficultés financières et 50 % pour la retraite. Un résultat sans doute paradoxal quand on sait que les femmes bénéficient de retraites inférieures à celles des hommes.

 

Projets personnels

 

Dans ce volet de l'enquête, femmes et hommes se retrouvent toutefois sur le troisième objectif, à savoir « financer ses projets personnel », cité à 26 % (femmes) et 23 % (hommes). De manière plus contre-intuitive, les hommes sont plus nombreux à cibler « assurer l'avenir des enfants » (un objectif qui arrive au 4e rang), 31 % de leurs réponses contre 24 % pour les femmes. Sans surprise, « vous couvrir, vous ou vos proches, contre des risques éventuels liés à la perte d'autonomie », qui arrive au 6e rang des principaux objectifs visés lors d'un investissement », est mis en avant davantage par les femmes (16 % des citations) que par les hommes (12 %).

 

Un désir de voyage

 

Par ailleurs, on sait que les femmes sont concernées au premier plan pour l'aide des proches âgés et dépendants. D'ailleurs, dans les projets envisagés pour la retraite, celui de « vous occupez de vos proches » arrivent à la deuxième place, cité par 39 % des femmes interrogées (uniquement les femmes actives, soit 70 % de l'échantillon), et devant « vous investir dans une association humanitaire ou caritative » (22 %), « vous installer à l'étranger » (20 %), « continuer à exercer une activité professionnelle » (20 %) et « un autre projet » (11 %). Mais le grand gagnant de l'après-retraite, c'est « voyager » qui recueille pas moins de « 70 % » des réponses !

 

Macron plébiscité

 

Actualité oblige, l'étude UFF/Ifop prend le pouls de la sensibilité électorale des femmes « patrimoniales ». A la question « entre les candidats suivants [Benoît Hamon, François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen] à l'élection présidentielle de 2017, à qui faites-vous le plus confiance... » et ce, au regard des quatre critères - : « garantir l'avenir du système français des retraites », « baisser le poids des prélèvements fiscaux », « favoriser le climat le plus serein pour les investisseurs » et « relancer l'économie française » - le grand gagnant est...Emmanuel Macron.

 

Méthodologie de l'enquête UFF/Ifop

 

La représentativité de l'échantillon a été assurée par la méthode des quotas (âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région. Pour être éligibles à l'enquête, les femmes interrogées devaient remplir les conditions suivantes : vivre au sein d'un foyer dont le revenu annuel brut supérieur à 45.000 euros et/ou détenir un niveau de patrimoine financier, immobilier inclus, supérieur à 450.000 euros. Lorsque les indicateurs sont communs [aux femmes et aux hommes], les résultats de l'étude sont comparés à ceux de l'Observatoire de la clientèle patrimoniale, mené par l'Ifop par téléphone du 1 au 14 septembre 2016, auprès de 200 hommes patrimoniaux détenant des valeurs mobilières ou de l'assurance-vie, ayant un niveau de patrimoine financier hors immobilier de plus de 30.000 euros et ayant l'intention de faire un placement financier dans les 2 ans ou possédant un bien immobilier locatif.

 

 

Source : Les Echos