09/02/2016  -  Patrimoine
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Préparer sa retraite à 30 ans: savoir prendre un peu de risque

Sans moyens importants, le trentenaire doit sortir des sentiers battus pour préparer au mieux sa retraite. Quitte à aller chercher un peu de risque… 

 

Parmi tous ses amis, Jérémy Lemaitre fait figure d’exception. Après avoir décroché son premier emploi il y a cinq ans, il a mis en place un plan d’investissement : il épargne chaque mois 300 euros, investis sur des sicav. Et le voilà déjà à la tête d’un petit pactole de 27 000 euros. Mais Jérémy ne va pas s’en servir pour acheter une voiture – il ne conduit pas –, ni pour acquérir un logement – sa location est bon marché. Il épargne pour ses vieux jours. « Je suis convaincu que le système de retraite aura explosé d’ici là : je n’aurai rien ! » lâche-t-il, désabusé. Comme lui, révèle un sondage du Centre d’études et de connaissance sur l’opinion publique pour le Cercle de l’épargne, 80 % des moins de 35 ans pensent que leur pension sera insuffisante. « Ceux qui épargnent régulièrement sont moins nombreux : 47 %. Mais ils le font afin de pouvoir préparer leur retraite », explique Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne.

 

Investissement programmé

 

Pour épargner à très long terme, huit épargnants sur dix choisissent, pour leur sécurité, l’immobilier, l’assurance-vie en euros et… le livret A. Seul un sur dix opte pour l’investissement boursier. Les autres craignent les krachs et les coups de yoyo imprévisibles. Pourtant, la volatilité boursière ne devrait pas être un épouvantail, surtout pour un trentenaire, dont l’horizon porte jusqu’à la retraite, à plus de trois décennies de là. Sur une longue période, les actions offrent les meilleures performances, loin devant tous les autres produits.

Actuellement, hors de toute hausse des cours, le seul dividende versé par les entreprises cotées rapporte en moyenne 3,5 % par an. Bien au-delà des rendements procurés par les contrats en euros de l’assurance-vie (2,5 %), le livret A (0,75 %) et même l’immobilier locatif (2,5 à 3 % net de frais en moyenne). La hausse des cours n’est qu’un bonus : depuis son lancement, en 1987, le CAC 40 TR, c’est-à-dire avec dividendes réinvestis, a atteint 11 000 points. Autrement dit, il a rapporté plus de 8,5 % par an, en moyenne.

 

Le problème, c’est la volatilité. Elle peut en effrayer plus d’un. La solution existe : l’investissement programmé. En ouvrant un plan d’épargne en actions (PEA) avec investissement programmé avant ses 30 ans, un épargnant réalise une double bonne affaire. Il profite d’une fiscalité très douce, puisque le PEA échappe au bout de cinq ans à tout impôt sur les plus-values. Et il gomme toutes les aspérités, tellement angoissantes, des évolutions boursières.

 

Pour cela, il lui suffit d’investir, avec la régularité d’un métronome, la même somme sur la même sicav. Par exemple, l’une de celles que nous avons retenues dans le tableau ci-dessous. Rien de plus simple : ces sicav ont été depuis longtemps « décimalisées », c’est-à-dire que l’on peut les acheter par fraction, afin que l’achat corresponde non pas à un nombre de parts, mais à une somme précise. La plupart des banques et des courtiers proposent de tels programmes, qui automatisent l’opération « prélèvement-investissement » avec une fréquence définie à l’avance, généralement mensuelle. Grâce à cette méthode, lorsque les cours sont hauts, on achète un nombre plus petit de parts, et, lorsque la Bourse baisse, on se renforce à bon compte.

 

 

Immobilier alternatif

 

A la trentaine se pose aussi un autre problème : le logement. « Plus d’un Français sur deux, selon une enquête CSA que nous avons réalisée en mars, estime que le principal avantage de l’immobilier est de pouvoir préparer sa retraite en étant propriétaire, afin d’éviter de payer des loyers », analyse Patrice Pichet, PDG du Groupe Pichet, promoteur immobilier. Plus facile à dire qu’à faire : dans certaines villes, la hausse des prix interdit de rêver : pour un remboursement, déjà conséquent pour un jeune ménage, de 1 000 euros par mois pendant vingt ans, il n’est possible d’acheter que… 24 m. à Paris ! Décourageant. Alors qu’une acquisition représente, selon le courtier en crédit immobilier Cafpi, un peu moins de quatre années des revenus de ses clients, l’effort peut monter à cinq années pour un primo-accédant, qui est aussi souvent un jeune de moins de 35 ans. « C’est trop élevé pour de nombreux jeunes qui doivent renoncer à leur projet d’achat parce qu’ils ne sont plus finançables. En 2009, les primo-accédants représentaient encore presque 60 % des acheteurs en résidence principale. Ils sont moins de 35 % à présent », analyse Philippe Taboret, directeur général adjoint de Cafpi.

 

Pour mettre un pied dans le circuit de l’immobilier, et pouvoir accéder un jour à l’achat de son logement, un trentenaire a, heureusement, d’autres solutions… « Soyez inventifs : sortez des sentiers battus ! » recommande Gaétan Lefebvre, cofondateur de Jebatismaretraite. com, un site qui conseille des investissements alternatifs aux jeunes épargnants. Pour Alexandre Bruney, l’autre fondateur du site, il y a en effet d’autres pistes que l’achat d’un logement personnel ou un locatif Pinel. « Entre 50 000 et 100 000 euros, il est possible d’investir par emprunt dans des parkings (8 à 10 % de rendement par an), un studio meublé (7 à 9 %) ou une boutique (10 à 15 %) dans une rue commerçante. » Même en tenant compte de la fiscalité, la forte rentabilité du bien permet de rembourser des mensualités élevées, de façon presque indolore. Le jeune investisseur n’aura plus alors qu’à le revendre pour disposer d’un apport personnel conséquent qui servira soit à poursuivre dans la même voie… soit à acheter – enfin – le logement tant désiré.