23/06/2015  -  Economie/Finance
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Retraites : les femmes ne toucheront pas autant que les hommes avant... 2060

Les inégalités entre les hommes et les femmes face à la retraite se réduisent mais ne sont pas près de disparaître. En fait, même en 2060, l’écart des pensions perçues sera encore «sensiblement» important.

 

Les femmes travaillent en moyenne jusqu’à 62,5 ans. Contre 61,9 ans pour les hommes. Malgré tout, elles partent à la retraite avec moins de trimestres qu’eux: 150 trimestres contre 158 (tous régimes confondus). Elle touchent des pensions inférieures... de 40% à celles des hommes: en moyenne 993 euros par mois, contre 1642 euros pour les hommes. Même si l’on tient compte de toutes les mesures visant à équilibrer les différences entre les sexes (réversions, bonifications etc.), l’écart de revenus entre hommes et femmes atteint encore plus de 25%. Selon les dernières évaluations du COR (Conseil d’orientation des retraites), en 2030, cet écart entre les pensions des hommes et des femmes devrait encore être de 20%! Et de 15% en 2050. «Les écarts de pensions continueraient à se réduire dans le futur», mais resteraient «sensibles» à l’horizon 2060, peut-on lire dans une petite phrase du gros rapport du COR. Autrement dit, même au-delà de 2060, les inégalités entre les sexes face à la retraite existeront toujours. Pourquoi? Parce que la moyenne des pensions d’aujourd’hui reflète les inégalités de revenu et de carrière entre hommes et femmes au cours des 30 ou 40 dernières années. Des inégalités sur le marché du travail qui persistent, et qui continueront d’impliquer des inégalités face à la retraite dans les 30 à 40 prochaines années.

Des inégalités persistantes sur le marché du travail

En France, le revenu salarial mensuel moyen des femmes est inférieur de 24,5% à celui des hommes. Même en termes de salaires horaires, l’écart est de 16%. Et à durées de travail et compétences égales, l’écart reste d’environ 9%. «Les femmes ont un taux d’activité plus faible que les hommes et travaillent plus souvent à temps partiel», explique Antoine Bozio, maître de conférences à l’EHESS. «Elles sont surreprésentées à la fois dans des secteurs et emplois relativement peu rémunérés et dans les niveaux hiérarchiques inférieurs. Cette double ségrégation peut correspondre à un choix délibéré de leur part, mais ce choix est aussi influencé par la prévalence de stéréotypes sexués», qui poussent les femmes à s’orienter vers des métiers aux horaires moins contraignants et aux perspectives moins risquées. «Les femmes connaissent aussi de plus nombreuses interruptions de carrière, liées pour l’essentiel à leur situation familiale», poursuit le spécialiste des inégalités entre les hommes et les femmes. De plus, le système fiscal français contribue à ces inégalités entre les sexes: le quotient conjugal décourage la participation de la femme au marché du travail. Au final, les femmes doivent encore travailler plus tard que les hommes pour espérer percevoir une pension à taux plein. Notons toutefois qu’il s’agit d’une tendance qui s’estompe: avec l’amélioration des carrières féminines au fil des générations, la durée de carrière des femmes, qui représentait 90% de celle des hommes pour la génération née en 1942, devrait atteindre presque 100% à partir des générations nées dans les années 1960.

Inégalités face à la retraite: des compensations insuffisantes

Le système de retraite tente depuis longtemps de corriger ces déséquilibres. Voici les principales mesures qui existent.

La réversion : Mesure la plus correctrice: la réversion. Il s’agit de la pension versée au conjoint survivant, en cas de décès de son partenaire. Ce sont les femmes qui en bénéficient le plus souvent. Mais, «certains pays comme le Danemark ou la Suède ont supprimé les dispositifs de pensions de réversion, les considérant comme obsolètes avec le développement des séparations et des divorces»

La majoration de durée d’assurance : Il existe un mécanisme qui vise à compenser les «trous» dans la vie professionnelle des femmes: l’octroi de quatre trimestres pour chaque enfant, réservés à la mère, plus quatre autres qui peuvent être partagés avec le père. Cela s’appelle les majorations de durée d’assurance (MDA). Problème: le calcul des pensions se faisant sur les 25 meilleures années, il traduit un salaire de référence réduit, non compensé par des trimestres supplémentaires apportés par les MDA.

3ème enfant : une majoration des pensions de 10% Il existe aussi une majoration de pension de 10% à partir du troisième enfant, valable pour les femmes... et pour les hommes. Du coup, les hommes touchant des pensions plus élevées, ce dispositif creuse en fait les inégalités. Le tout,pour un coût de 5,7 milliards d’euros, selon un rapport du Conseil d’État. Pour Antoine Bozio, ce dispositif ne favorise pas la fécondité et ne bénéficient pas aux familles (les bénéficiaires n’ont généralement plus d’enfants à charge).

Aides aux plus défavorisées : L’allocation de solidarité aux personnes âgées, accordé aux plus de 65 ans dont les ressources sont inférieures à un certain niveau, et le «minimum contributif» (ou minimum garanti pour les fonctionnaires) - qui correspond à un montant plancher de pension pour ceux ceux qui ont cotisé sur la base de salaires très faibles -, sont clairement deux mesures qui profitent davantage aux femmes.

Au final, même si l’on tient compte de toutes ces différentes mesures, les femmes continuent cependant à recevoir une pension d’un quart inférieures à celles des hommes. Tant que les inégalités sur le marché du travail persisteront, celles entre retraités et retraitées ne pourront pas disparaître. Certes, les femmes vivent plus longtemps. Mais là encore, le COR nuance: les femmes, qui ont une espérance de vie supérieure aux hommes, disposent en effet de quatre à cinq années de retraites de plus que les hommes, mais si l’on regarde seulement les années passées en bonne santé ou sans incapacité, l’écart se réduit à un an.

 

Source : Le Figaro