17/08/2016  -  Economie/Finance
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Taux d'intérêt négatifs : retour de manivelle

 

 En Allemagne, des clients d'une petite banque coopérative bavaroise viennent d'apprendre que leurs dépôts seront bientôt taxés de 0,4 % par an au-delà de 100.000 euros. Si les Français échappent pour l'instant à l'embuscade, ils ne sont pas pour autant à l'abri . Avec plus ou moins de bonheur, les banques ont tenté récemment d'instaurer des frais de tenue de compte ou de les relever - ce qui produit au bout du compte le même effet qu'un prélèvement sur les dépôts. Le message est déconcertant : votre argent nous intéresse... à condition de pouvoir le ponctionner.

 

Il va pourtant falloir s'y habituer. Dans un monde où les taux d'intérêt sont négatifs, le monde tourne à l'envers. Et les autorités monétaires ont délibérément choisi d'aller dans ce monde. Dans tous les pays avancés, les banques centrales ont voulu alléger la pression sur les emprunteurs après les épisodes les plus aigus de la crise financière. La Banque centrale européenne a, de surcroît, fait « ce qu'il fallait » pour préserver la zone euro. Les politiques monétaires ont soutenu l'activité par deux grands leviers. En abaissant le coût de l'emprunt - le crédit est ainsi reparti dans la zone euro, après une longue décrue. Et en encourageant les investisseurs à prendre davantage de risques. S'ils sont réels, les bénéfices de ces politiques non conventionnelles peuvent paraître décevants, en particulier dans la zone euro. D'autant plus que les taux négatifs commencent à faire sentir de redoutables effets secondaires, comme beaucoup de médicaments efficaces. Les épargnants ont de plus en plus de mal à gagner de l'argent. Ils pourraient donc être tentés d'épargner davantage pour maintenir leurs revenus. L'épargne collective, comme celle des fonds de pension, est aussi à la peine. Les banquiers, eux aussi, ont de plus en plus de mal à gagner de l'argent. Ils se retrouvent dans une situation inextricable.

 

Les dépôts des clients, après lesquels ils ont couru depuis des années pour consolider leurs bilans, deviennent maintenant des fardeaux coûteux. Et les banques font de moins en moins de marges. Beaucoup d'entre elles ne parviennent pas à compenser ce déclin en développant leur volume de crédits ou leurs commissions. Elles risquent donc de réduire leurs prêts, comme le soulignent deux économistes du FMI dans une note. Et leurs clients pourraient les déserter. La finance est loin d'avoir trouvé son nouvel équilibre dans les taux négatifs. Mais elle reste trop fragile pour s'en passer. Autorités et régulateurs devront la surveiller comme le lait sur le feu.

 

 

Source : Les Echos