Coronavirus : après le choc du confinement, le rebond attendu de l’autoentrepreneuriat

Pendant le confinement, 83 % des autoentrepreneurs ont dû stopper leur activité, avec pour conséquence de fortes pertes financières. Mais la crispation de l’emploi pourrait engendrer un record d’immatriculations en 2020. L’Union des autoentrepreneurs appelle à ce qu’ils ne soient pas « les oubliés du plan de relance ».

« Très violent. » Ce sont les termes de François Hurel, le président de l’Union des autoentrepreneurs (UAE), pour décrire le « choc » de la crise sur les travailleurs indépendants. En 2019, l’autoentrepreneuriat était florissant : nombre record de créations d’entreprises (plus de 815.000), chiffres d’affaires positifs, fort dynamisme dans tous les secteurs… Plus de 1,71 million d’individus étaient détenteurs du statut d’autoentrepreneur, selon l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss). Une hausse de 26 % sur un an. Le coronavirus et le confinement ont plus qu’assombri le tableau.

D’après un sondage OpinionWay réalisé pour l’UAE, 83 % des travailleurs indépendants ont été contraints de stopper leur activité pendant la mise à l’arrêt de l’économie. Un entrepreneur sur deux a perdu plus de 50 % de son chiffre d’affaires, sur un an, en mars 2020. « S’il n’y avait pas eu les aides de l’Etat, 60 % des autoentrepreneurs, qui n’ont pas de trésorerie, n’auraient pas surmonté la crise », souligne Grégoire Leclercq, le président de la Fédération nationale des autoentrepreneurs (FNAE).

« Vraie volonté de reprise »

Cependant, pour les présidents de la FNAE et de l’UAE, les aides mises en place par le gouvernement pour aider les indépendants à garder la tête hors de l’eau – fonds de solidarité, allongement de délais de paiement, prêts garantis par l’Etat (PGE)… – « se sont arrêtées trop vite » et « avaient des critères trop contraignants ».« Il aurait fallu inciter à la reprise en gardant un minimum d’aide. Et beaucoup d’autoentrepreneurs n’ont pas eu droit au PGE », affirme François Hurel. Au final, seuls 15 % des autoentrepreneurs ont obtenu ou demandé un prêt. Idem pour le fonds de solidarité, qui n’est désormais disponible que pour certains indépendants, « notamment du tourisme et de la culture », précise Grégoire Leclercq.

Presque trois mois après le déconfinement, l’enjeu, pour les microentreprises, est de « réussir à passer le cap de la sécurité sanitaire » et de « regagner la confiance du client ». « Beaucoup d’activités se font en « face to face », nécessitant des mesures sanitaires. Mais il y a une vraie volonté de reprise », souligne l’UAE. En mai, plus de 80 % des autoentrepreneurs se disaient prêts à redémarrer leur activité. Pourtant, face à « une reprise très très lente », Grégoire Leclercq reste sceptique : « L’activité ne reprendra pas chez les autoentrepreneurs tant que celle des PME n’aura pas redémarré. »

« Du mal à trouver un marché »

Si le premier semestre ne s’est pas révélé très fructueux en termes de naissance de microentreprises, la fin de l’année pourrait s’accompagner d’un « nombre considérable de nouveaux autoentrepreneurs, peut-être 200 ou 300.000 », selon le président de l’UAE : « Les gens vont se créer des activités, car il n’y a pas de travail. Même en exonérant les charges, les entreprises ne vont pas embaucher. » Un scénario jugé possible par Grégoire Leclercq, puisque « des gens salariés aujourd’hui mais licenciés demain en raison de restructurations pourraient basculer vers la création d’entreprise », mais qu’il nuance : « Beaucoup d’autoentrepreneurs risquent eux-mêmes de faire faillite et, même s’il y a de la création d’entreprises, elles auront du mal à trouver un marché. »

La potentielle hausse du nombre d’entrepreneurs pose la question de la précarisation croissante du monde professionnel, les autoentrepreneurs n’ayant pas encore de statut juridique fixe ni de protection sociale forte . « L’allocation pour le travailleur indépendant est à revoir », martèle le président de la FNAE, qui préconise aussi « un fonds comme celui de solidarité, qui permettrait d’avoir des réserves ne reposant pas que sur l’Etat. » L’UAE a déjà prévu de futures concertations avec Alain Griset, le ministre délégué en charge des PME , afin que « les indépendants ne soient pas les oubliés du plan de relance. » La FNAE doit également remettre un Livre blanc au gouvernement à la fin de l’été, pour réclamer « un volet « indépendants » inclus dans le plan jeune, et dans tout ce qui sera entrepris après la crise. »

 

Source : https://www.lesechos.fr/thema/finance-entreprise-metiers/coronavirus-apres-le-choc-du-confinement-le-rebond-attendu-de-lautoentrepreneuriat-1228523