Crise en Ukraine, quelles conséquences ?

Quels sont les risques de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie il y a quelques jours du point de vue économique et financier ?

L’ESCALADE…

Peu après avoir officiellement reconnu lundi dernier les deux républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk, le président russe a dans un premier temps ordonné à ses troupes de pénétrer dans ces régions dans le cadre d’une opération de « maintien de la paix ». Des propos mal accueillis par la communauté internationale… et par les marchés financiers, dans la continuité des semaines précédentes déjà très volatiles.

Sur le plan géopolitique, américains et européens ont immédiatement condamné la décision russe, et ont décidé de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie. Dissuasif ? A l’évidence non, compte tenu des récents événements !

Les économistes de Bloomberg ont à ce titre analysé l’impact potentiel des sanctions prises ou envisagées à l’encontre de la Russie pour l’économie du Vieux Continent. Il en ressort que 0,8% du PIB de l’Union européenne dépend des importations russes. Les pays de l’Europe de l’Est (en particulier la Bulgarie et les pays baltes) sont naturellement plus exposés à ce risque. Si l’exposition de l’Europe à la demande russe semble en apparence gérable, la contrepartie est en revanche un sujet bien plus sensible. En effet, la forte dépendance de l’Europe (et notamment de l’Allemagne) vis-à-vis de l’approvisionnement en pétrole et en gaz russes représente un risque fondamental. La hausse vécue ces derniers mois sur les prix énergétiques affecte déjà les industries et les particuliers sur le Vieux Continent, et la situation pourrait continuer d’empirer en cas d’escalade des tensions.

A ce titre, et alors que la Russie est un important exportateur de métaux précieux et de matières premières en général, il reste possible que les sanctions occidentales n’affectent que peu l’approvisionnement (les apports en énergie depuis la Russie n’avaient par exemple pas été affectés lors de l’annexion de la Crimée en 2014 malgré les mesures punitives). Les actions militaires entreprises en Ukraine par la Russie, probablement sur l’ensemble du territoire ukrainien, dans la nuit du 23 au 24 février ont évidemment rebattu les cartes… et l’ampleur de la riposte des nations occidentales pose désormais question. Le président ukrainien a par exemple demandé ce matin aux dirigeants occidentaux de prendre des mesures d’isolement de la Russie par tous les moyens, y compris via le système de paiement international SWIFT…

Problème : la capacité de riposte des Européens semble plus que limitée compte tenu des éléments évoqués précédemment. La prudence reste de mise, Vladimir Poutine ayant déclaré hier « qui tenteraient d’interférer avec nous (…) ils doivent savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et conduira à des conséquences que vous n’avez encore jamais connues ».

Une menace à prendre aux sérieux… L’Europe pourrait ressortir comme la zone la plus fragilisée économiquement par les récents événements.

L’ENVOLÉE NE CONCERNE PAS QUE L’ENERGIE…

Au-delà des tensions énergétiques, l’impact s’annonce également fort sur les prix alimentaires… notamment celui du blé. Russie, Kazakhstan et Ukraine fournissent ainsi 40% des exportations mondiales de blé ! Pendant ce temps, la Chine vient de sécuriser ses importations de blé (avec la Russie notamment). Hasard ou coïncidence, les deux gouvernements avaient en effet annoncé un accord le 8 février pour que la Chine importe du blé et de l’orge russes après que Poutine soit devenu l’invité étranger le plus en vue à assister aux Jeux Olympiques d’Hiver de Pékin…

Autre aspect du segment des matières premières, les métaux précieux connaissent ce jour une hausse marquée. L’or joue, comme à son habitude dans des phases de tensions marquées, son rôle d’actif refuge, tandis que les prix du palladium ont grimpé de plus de 5% dans la journée du 24 février ! La Russie est en effet le premier exportateur mondial (45% des exportations) de ce métal très demandé dans l’industrie (secteur automobile en tête, pour la fabrication de pots catalytiques). Ainsi, si les pays occidentaux bloquent les exportations technologiques à destination de la Russie, une mise à l’arrêt des exportations russes de palladium pourraient pénaliser nombre d’acteurs à travers le monde.

LA FED ET BCE VONT-ELLES TENIR LEURS CALENDRIERS ?

Dans ce contexte de hausse des prix des matières premières qui pourrait perdurer, l’inflation de court terme continue de se maintenir au-dessus des prévisions des analystes. Surtout, une hausse des taux semble bien inefficace pour enrayer l’envolée des matières premières… Ce qui pourrait de plus ajouter un effet récessif à un autre. Une poursuite de la hausse du prix du baril de pétrole vers les $120 amènerait le pic d’inflation à près de 9% en mars. Avec le conflit ouvert entre l’Ukraine et la Russie, le resserrement des conditions financières qui en découlerait au niveau mondial pourrait amener Jerome Powell à revoir sa copie… Afin de limiter autant que faire se peut le ralentissement de la croissance, Jerome Powell pourrait ainsi être amené à adopter une trajectoire plus lente que prévu pour la hausse des taux à partir du printemps.

La position de la BCE n’apparaît bien sûr pas plus confortable… Selon les sanctions prises, le ralentissement de croissance pourrait justifier de repousser la hausse des taux directeurs. Le gouverneur de la Banque de France a ainsi jugé que l’Institution devra se montrer flexible face à cette situation et n’écarter aucune option face aux tensions géopolitiques. La réunion de mars s’annonce très suivie par les investisseurs…

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