Flash info marché européen et crise ukrainienne

Point hebdomadaire sur le marché européen et la crise ukrainienne en ce début avril 2022…

Le marché européen

Plafonner les prix énergétiques en France, rationner les produits alimentaires en Espagne ou… puiser dans les réserves stratégiques de pétrole outre-Atlantique : les pansements posés à court terme sur cette plaie économique que représente l’inflation des matières premières tardent à traduire une stratégie globale.

Comme nous avons pu l’évoquer dans cette chronique hebdomadaire, certains pays émergents et la zone euro pourraient bien être les principales victimes de l’enlisement de la situation actuelle. L’Euroland ne peut cependant être traité comme un ensemble homogène, tant l’ampleur des conséquences de cette flambée des cours (sources d’énergies et denrées alimentaires) semble disparate selon les pays. Bien sûr, la flambée des prix n’en reste pas moins générale : L’Allemagne a ainsi annoncé cette semaine que ses prix à la consommation avaient augmenté de 7,6% sur un an glissant… mais surtout de 2,5% sur le mois (39,5% de hausse des prix de l’énergie sur un an, +6,2% sur les prix alimentaires). L’accélération est bien moindre dans l’Hexagone, à +4,5% vs +3,6% en février, signe de l’efficacité du bouclier tarifaire.

Certains pays tels que la France et l’Allemagne résistent globalement mieux que l’Espagne (+9,8% sur la même période !) ou l’Italie à la hausse des prix du pétrole et du gaz… et ce malgré la forte dépendance de l’Allemagne au gaz russe. Une situation qui s’explique par le fait que les importations allemandes de gaz se font avec des années d’avance et que les entreprises couvrent leurs positions, limitant à court terme l’impact de la hausse des prix sur les ménages. Le consommateur allemand est-il pour autant tiré d’affaire ?
La difficulté rencontrée à trouver des sources d’énergies alternatives pourrait rapidement menacer cet « effet stock » pour le moment salvateur. Dans le scénario du pire (l’Allemagne coupée de l’approvisionnement russe de gré ou de force), l’industrie allemande pourrait elle aussi être touchée par une importante pénurie de gaz ces prochains mois. Comme un témoin de la difficulté de mesurer l’impact réel économique de ces si redoutées pénuries, la conséquence sur le PIB pourrait aller de -1% (économistes de ECONtribute)… à -5% voire pire (anticipations Bloomberg Economics).

Un véritable pavé dans la marre de la BCE ! Une hausse des taux n’aurait en effet que peu d’impact sur le prix des matières premières actuellement déterminé par les tensions géopolitiques… hormis ajouter un effet récessif à un autre. La probabilité d’une stagflation en zone euro en 2022 (faible croissance, forte inflation) est clairement renforcée par la période récente. Un contexte selon nous susceptible de redonner de l’attractivité aux actifs typés « croissance » de la zone (comprendre capable de croître indépendamment du cycle économique) que les investisseurs avaient jeté avec l’eau du bain en début d’année. A suivre…

2/ Joe Biden en mission…

Du côté du pays de l’Oncle Sam, la problématique actuelle semble identique… mais la force de frappe est en revanche bien supérieure ! La situation est en effet aussi explosive qu’un baril (de poudre !), tandis que le gallon d’essence tire l’inflation à la hausse et le pouvoir d’achat des ménages à la baisse. L’annonce majeure de la semaine à Washington fut donc sans conteste la volonté de déstocker un million de barils par jour des réserves stratégiques. Au global, environ 180 millions de barils pourraient ainsi être déversés lors des 6 prochains mois ! Un geste fort, potentiellement bien plus efficace encore qu’un durcissement monétaire pour contrecarrer l’inflation des prix de l’énergie et la taxe indirecte qu’elle représente pour le consommateur. Un geste d’autant plus fort qu’il représenterait potentiellement plus de 30% des réserves stratégiques américaines (560 M de barils) ! Conséquence première : le niveau des stocks devrait donc atteindre en fin d’année son plus bas niveau depuis 1985…

3/ Un pas en avant… deux pas en arrière ?

Après plus d’un mois d’un conflit à l’évidence plus long que prévu pour les forces russes, les yeux du monde entier étaient tournés cette semaine vers les tables de négociations autour desquelles se sont réunis les diplomates russes et ukrainiens à Istanbul. Les tensions palpables et les revendications russes jugées inacceptables des uns et des autres ont succédé aux espoirs de résolution du conflit… laissant planer le doute sur la volonté réelle de trouver un accord à court terme. Les négociations, qui sont effectivement accompagnées de cessez-le-feu et de couloirs humanitaires sur différentes zones de conflit, sont en effet mises à profit par les belligérants pour reposer et réapprovisionner leurs troupes. Le retrait des forces armées annoncé par la Russie avant le début de l’invasion est un exemple flagrant du jeu de dupes qui perturbe la recherche d’une issue pacifique à ce conflit, dont la durée risque inéluctablement d’augmenter…