Point sur la crise ukrainienne au 4 mars 2022

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1 / Les bangues centrales … toujours en soutien ?

Les impacts directs et indirects de l’invasion de l’Ukraine continuent chaque jour de s’éclaircir … A court terme, il apparaît de plus en plus probable que le conflit bouleverse les stratégies des banques centrales … qui faisaient déjà face aux conséquences du retard accumulé dans la lutte contre l’inflation. Il ne fait décidemment pas bon être banquier central en 2022 ! Alors que les investisseurs avaient plus ou moins anticipé une hausse de taux de 50 points de base de la Banque centrale américaine le 16 mars prochain, les pronostics sont retombés très majoritairement à un tour de vis de seulement 25bps … comme l’a confirmé Jerome Powell « himself ». Le patron de la Fed a ainsi devant l’establishment américain fait part d’une réserve certaine … Alors que les statistiques américaines continuent de refléter l’orientation favorable de la croissance économique de l’Oncle Sam (cf. dernier rapport de l’enquête ADP de février sur les créations d’emplois), il a tout de même rappelé que l’Institution saurait se montrer« flexible» vis-à-vis des conséquences de la guerre en Ukraine … Sur le Vieux Continent, la prudence devrait encore davantage guider les pas de la BCE ! Plusieurs membres de l’Institution ont ainsi déjà évoqué le risque de stagflation (comprendre combinaison d’une forte inflation avec une croissance s’affaiblissant). Problème : une remontée des taux ne ferait qu’ajouter un effet récessif à un autre et ne serait que peu efficace pour contrer l’envolée des prix de l’énergie. Problème X2 : les pressions inflationnistes ne devraient finalement pas se calmer puisqu’aux goulots d’étranglements ont désormais succédé la crise géopolitique avec l’un des principaux fournisseurs d’énergie de l’Euroland ! Dans le scénario du pire, des sanctions financières pourraient frapper le secteur de l’énergie … La Russie pourrait elle-même couper le flux de gaz vers l’Europe qui en dépend pour 40°1D de ses approvisionnements ! Rappelons tout de même que la décision n’est pas facile à prendre pour aucun des deux camps : le pays exporte les trois quarts de son gaz vers le Vieux Continent. Pour toutes ces raisons, la réunion prochaine de la BCE du 10 mars s’annonce très attendue …

Du côté des marchés financiers, les impacts s’annoncent là aussi très importants. Ainsi, et alors même que les anticipations des opérateurs en termes de relèvement des taux atteignaient jusqu’alors un plus haut, l’accalmie qui se dessine finalement pourrait réveiller les« endormis», à savoir les actifs les plus sensibles au durcissement monétaire qui ont subi depuis plusieurs mois les foudres des investisseurs.

 

2/ Poutine est-il le meilleur allié … de la transition énergétique ?

Cherté relative moindre vis-à-vis des énergies fossiles, volonté politique (zone euro) … La crise énergétique que nous traversons va-t-elle, comme nous l’évoquions dans notre dernière communication, indirectement contribuer à accélérer la transition vers d’autres ressources? Les premières réactions en ce sens ne se sont pas fait attendre … Les ministres de !’Energie de l’Union Européenne ont ainsi tenu une réunion d’urgence lundi, et d’ores et déjà affirmé leur volonté de diversifier leur approvisionnement en gaz et en pétrole pour renforcer la résilience du système énergétique. A plus long terme, l’Europe mise surtout sur la transition verte pour desserrer l’étau dans lequel elle se trouve.« Nous avons une dépendance au gaz et au pétrole russe à réduire aussi vite que possible. Cela veut dire développer les énergies renouvelables et l1hydrogène », a ainsi martelé lundi le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. « La meilleure solution, c’est le Green Deal» a également insisté le commissaire européen à l’énergie Kadri Simson. li ne serait finalement pas surprenant que l’Euroland mette à terme en place des plans de soutien budgétaire et monétaire pour accélérer cette transition.
Hasard du calendrier, le GIEC a publié fin février son dernier rapport. Rapport qui souligne une nouvelle fois l’urgence d’agir en faveur du climat et la nécessité de mettre en place un financement adéquat …

3/ Les sanctions vont-elles créer un précédent ?

Comme l’a largement relayé la presse spécialisée, Européens et Américains sont passés à l’action ! Interdire l’accès au dollar fait-il peser un risque uniquement côté russe? La Chine est connue pour être un des détenteurs massifs d’actifs en dollars américains (1 000 milliards de dollars en avoirs directs du Trésor!). L’Empire du Milieu conserve évidemment l’accès au système financier en dollars … et n’a pas signé de sanctions contre la Russie. Compte tenu de l’aspect non conventionnel des sanctions, l’Empire du Milieu va-t-il reconsidérer la sécurité de ses propres avoirs en USD? A long terme, la Chine pourrait en effet envisager d’autres options. Potentiellement une bonne nouvelle pour l’or, le CHF ou même … le yuan chinois (déjà en passe de challenger le dollar dans les échanges en Asie). Washington a envoyé le signal suivant : les réserves détenues aux Etats-Unis sont sujettes au risque politique. Qui se souvient des tensions sino-américaines récentes peut imaginer que cette perspective effraie un tant soit peu le pouvoir chinois … A suivre !